Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Sophia CHARAI
Soutenu juin 2017
 
  "Ecoute avec attention le chant de ton âme entre mille autres il brille au firmament, il écrit sa légende personnelle"

Mention
Bien

 
Résumé

Premier vécu, Premières impressions
«  Tout passe par le corps »
 
A mon arrivée au centre Psychothérapique de Jour, à la clinique   de Sainte Marie, un très beau bâtiment neuf,  d’architecture contemporaine, m’attend. Posé en haut d’une colline dans le quartier de Bourran, ouvert sur l’horizon  et la vallée, toutes voiles dehors, il ressemble à tout sauf à une clinique. Entièrement vitré,  il domine de larges perspectives où se dresse fièrement en toile de fond la cathédrale de Rodez. On se croirait  presque dans une toile de Bruegel si l’on oubliait l’endroit dans lequel on se trouve. Le Bâtiment est traversé par la lumière  et de larges  couloirs,  de grandes percées  desquelles on peut voir le paysage vallonné, de n’importe quelle pièce.
 
Pour une surprise c’est plutôt une très bonne surprise. Je fais la connaissance en ce premier jour, d ‘Anne marie, Pierre,  Nicole, Jérôme et Bruno sous la tutelle de Jean-François Labit, superviseur et musicothérapeute en ces lieux.
Ils sont infirmier(e)s-référents des médiations  thérapeutiques proposées : Expression corporelle et improvisations théâtrales, atelier peinture, poterie, ballades et randonnées (afin de mobiliser des patients apragmatisme), atelier cuisine, arts plastiques,  sophrologie, hypno-thérapie, tout cela articulé au travail de musicothérapeute de Jean François qui sera mon référent pour le stage qui m’amène.
 
Ils sont pour la plupart infirmiers spécialisés en psychiatrie ayant enrichi leur approche  et la relation d’aide au patient d’une de ces médiations, à travers des formations parfois prises en charge par l’hôpital, parfois financées par eux mêmes selon les cas.
C’est donc une vraie démarche, de leur part,  pour tenter d’apporter d’autres réponses, en complément à la psychiatrie et aux traitements médicamenteux.
 
 
 Je pressens d’emblée que ces ateliers sont une sorte de poumon vital de la structure, créant là où le besoin se fait sentir, un accompagnement des patients. Là où l’hospitalisation ne suffit pas, car elle n’est que transitoire et ne permet pas de recréer le lien, ils assurent une continuité, un prolongement du soin à l’extérieur de l’hôpital.
 
Pour des personnes qui arrivent dans un état de détresse avancé, ce qui va manquer à cette prise en charge c’est précisément le lien.  L’environnement de l’hospitalisation va leur permettre de reprendre leur souffle en quittant leur quotidien, mais ils n’en seront pas pour autant guéris, ou capables de retourner affronter leur  et  la réalité dès leur sortie.
 
La structure de  l’hôpital de jour de Sainte Marie, se divise en 3 unités :
-       l’hôpital de jour  avec un accueil  structuré avec un maximum  de 3 demi-journées,
-       un deuxième, le CATTP centre d’accueil thérapeutique à temps partiel,
-        et le 3ème, un CATTP Ambulatoire, avec des consultations externes. Ces 3 unités fonctionnent de manière presque étanche,  même si  les passerelles entre les thérapeutes sont établies car ces  entités réunies dans ce Bâtiment  sont séparées dans leur organisation économique.
 
La population  est accueillie au centre sur deux modèles : ceux qui sont admis pour une hospitalisation, et ceux qui viennent pour des ateliers de médiation thérapeutiques ou des consultations.
On y accueille des adolescents  de plus de 17 ans et des adultes jeunes, des seniors avec des pathologies allant des maladies dégénératives, à toutes les formes de psychoses, anorexie et autres troubles alimentaires (surtout en musicothérapie via la clinique), l’autisme, la dépression, la schizophrénie, la paranoïa, la bipolarité, et autres troubles du comportement.
 
L’accompagnement des personnes psychotiques commence véritablement après leur séjour à l’hôpital, dont la durée est variable selon les cas, mais n’excèdera pas 4 semaines dans cette unité. Leur sortie après à l’hospitalisation pose la question de cet accompagnement indispensable pour éviter la rechute immédiate  du patient dans sa problématique initiale, à l’aide de traitements médicamenteux et de ces médiations prescrites sur indication du psychiatre référent.
 
La première question qui me vient aussitôt est comment  accompagner un psychotique à la sortie de son hospitalisation ?
La seconde, comment recréer et maintenir ou encore développer le lien social, l’autonomie, la capacité à prendre soin de lui même, de satisfaire ses besoins affectifs, émotionnels, sociaux et économiques ?
 
Ce sont toutes ces questions qui se posent à la sortie d’une hospitalisation,  qui parfois va cristalliser le patient dans sa pathologie, et occasionner une « régression » dans son aptitude à aller vers les autres, à entrer en relation avec l’Autre, et parfois réduire sa capacité à s’adapter à l’environnement, sans un accompagnement «  contenant » et sécurisant.
 
La prise en charge à ce moment crucial  fondamental, est vitale pour ces personnes, car le phénomène de narcissisation, de « miroir » empathique, est précisément ce qui manque à leur socialisation et entraine la peur, le refus des autres, une retraite forcée du monde dont ils souffrent énormément.
 
Au cours de cette première semaine en immersion totale dans ce nouveau monde de l’institution psychiatrique, je découvre chaque jour des éléments qui se mettent en place doucement comme des éléments de puzzle, un peu à l’aune de l’image fragmentée que les patients ont d’eux même, et je réalise alors le travail de fourmi humble et patient que font les soignants. Tenter de recoller, rassembler, les morceaux épars de chacun de ces êtres fracassés par la vie et ses accidents.
 
Finalement, comment les aider à retrouver à une image cohérente d’eux mêmes, qu’ils acceptent, -  ce qui est loin d’être gagné et reste pour beaucoup un très long chemin, semé d’épreuves, de passages répétés en hôpital, de crises aigues de leurs compulsions obsessions, avant de parvenir  à trouver un équilibre « dynamique » et acceptable de leur santé mentale.

 
  
 
     
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