Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Laure BOURDIN
Soutenu juin 2016
 
  "La musicothérapie peut-elle aider l’homme dans cette quête universelle qu’est la recherche du bonheur"

Mention
Très Bien

 
Résumé

Qu’est-ce que la relation thérapeutique ?

Une vibration, une présence, une tentative d’échange le plus vrai possible entre deux êtres. Un chemin qui permet d’avancer de concert d’un point à un autre.

Partons si vous le voulez bien du postulat qu’être heureux est l’aspiration prioritaire de la plupart des hommes. Seulement voilà, dans ce monde de plus en plus complexe, déroutant, rapide et passionnant, l’homme a besoin de se sentir plus fort, d’apprendre à mieux se connaître, à mieux vivre avec ses semblables. Il est en quête de spiritualité car le besoin de donner un sens à son existence et à cette évolution effrénée n’a jamais été aussi vital.

Après l’effondrement des religions qui prônaient le bonheur dans l’au-delà, après l’effondrement de la politique qui annonçait l’avènement du paradis terrestre, il semble rester le bonheur de l’épanouissement individuel qui est devenu une injonction, une idéologie. C’est cette notion de bonheur que je souhaite aborder dans les pages qui suivent en m’attachant à définir ce qui, dans la pratique musico thérapeutique peut aider le patient et le thérapeute dans cette quête d’une vie.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je crois qu’il est nécessaire de faire un détour pour réfléchir aux thérapeutes que l’on croit être en passe de devenir. Je ne parle pas d’évoquer le chemin d’introspection et de connaissance de soi, très à la mode actuellement, bien que je ne nie pas le fait que le thérapeute doit être passé par cette phase pour se libérer de certaines barrières qui l’empêchent d’avancer et pour essayer de différencier ce qu’il projette de ce qui provient réellement de l’autre, même si, lorsque l’on s’intéresse à l’avancée de la neuroscience, avec la découverte des neurones-miroirs, cette frontière devient de plus en plus floue.

Cela dit, je n’ai pas envie de passer trop de temps à me prendre pour sujet d’étude. Je trouve le monde, la nature et l’humain déjà trop grands, trop complexes et chronophages pour la découverte d’une seule vie.

Ce sur quoi il faut être au clair, c’est sur ce désir d’être thérapeute. D’où provient ce désir ? Il y a quelques années, j’aurais sans doute affirmé qu’il provient de ma crainte de la mort. La peur de ne pas vivre assez pleinement une vie dont les heures filent comme un courant d’air sur lequel nous n’avons aucune prise. Voilà ce qui me pousse vers l’autre, comme un boulimique avide de se sustenter des expériences d’autrui, imaginant que l’accumulation comblera ce vide que génère l’appréhension de partir sans avoir rien vécu.

J’ai donc enfilé le costume du trompe-la-mort pendant les vingt premières années de ma vie, m’adonnant à tous les sports extrêmes, repoussant sans cesse les limites. Mais l’année 2014 a sonné à la porte avec son « tourbillon d’ombres », comme le dit si bien un poète cher à mon cœur. La mort s’est invitée et a pris séjour quelques temps dans notre famille, laissant sur son passage une tribu plus solide, plus aimante et plus vivante. J’ai alors découvert avec stupéfaction que je ne la craignais pas.

Alors qu’est-ce qui, aujourd’hui, maintient ce désir ? Que j’aimerais dire mon humanisme, héritage de l’antiquité et du siècle des lumières, mais il faudrait avoir la tête enfoncée dans le sable jusqu’au cou, telle l’autruche moyenne, pour croire encore, après des millénaires d’histoires, en la bonté naturelle de l’homme et en sa suprématie sur les autres espèces. Je n’ai pas eu la chance de naître autruche et je partage donc chaque instant de ce passage sur cette magnifique planète avec des tyrans esclavagistes, des terroristes, des hommes qui maltraitent leurs femmes, des enfants à qui on a arraché des organes pour les vendre au marché noir.

J’annonce que je vais parler de bonheur et me voilà en train de dépeindre l’horreur de la nature humaine. D’un tempérament naïf et joyeux, j’ai occulté cette vision du monde tant que j’ai pu. J’accordais à ce trait de caractère une valeur positive puisqu’il me menait tous deux à une certaine forme d’émerveillement permanent. Mais il est nécessaire d’ouvrir un jour les yeux si l’on souhaite s’approcher un tant soit peu d’une vie en quête de vérité.

Je peux dire que je suis héritière de la tradition chrétienne. Je crois sincèrement au message du "palestinien errant qui prône l’amour comme itinéraire de voyage". Je crois profondément en la lumière présente en chaque être vivant, mais il ne faut pas avoir une vision trop angéliste du monde. Les stoïciens nous disent bien que, malgré la destinée à laquelle nous sommes rattachés, notre libre arbitre nous laisse maîtres à bord. Tout être peut ignorer le chemin qui est le meilleur pour lui-même, la lumière qui l’habite et le bonheur d’aller à la rencontre du monde et de l’autre. Même si nous sommes mus par une volonté d’accueil dans la bienveillance, il est important de connaître son héritage pour savoir de quelle manière notre culture, notre éducation, vont influencer notre relation à l’autre et la nature même de notre présence.

 

 
  
 
     
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