Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Janik MICHON
Soutenu juin 2014
 
  De "l'ailleurs hier" à "l'ici maintenant" par la musique - Approche musicothérapeutique auprès de personnes en situation d'exil

Mention
Bien

 
Résumé

Celui qui fuit son pays parce qu’il y subit des violences entame un long chemin d’exil… Ce chemin commence bien sûr par le trajet qui le sépare d’un pays « d’accueil » mais il se poursuit bien au-delà : le fait d’être loin des siens, de sa terre, de ses repères, … entraîne un exil permanent. D’autant que, même pour celui qui a réussi à fuir et trouver refuge, l’inquiétude demeure pour les proches restés au pays... L’exil ne se résume pas au trajet. Il ne faut d’ailleurs pas croire que cet accueil est garanti, malgré les idéaux et valeurs affichés par les politiques gouvernementales depuis des années : 8,5 fois sur 10, le demandeur d’asile est débouté de sa demande. Les seuls choix qui s’offrent alors à lui sont soit de rejoindre son pays de violence, soit devenir étranger en situation irrégulière sur le sol français... Dans les deux cas, de nouvelles peurs, de nouvelles souffrances en perspective, qui viennent s’ajouter aux violences préalablement vécues (et qui ont causé la fuite de la terre natale) mais aussi à celles rencontrées pendant la procédure de demande d’asile elle-même : en effet, la « justification à tout prix » pour obtenir le statut de réfugié entraîne une remémoration obligatoire des traumatismes, une insistance à faire parler le corps, témoin des sévices... dans des modalités souvent inappropriées et douloureuses.
Ce temps de procédure est long, incertain… Il place le demandeur d’asile dans une position d’attente qui s’étire, une position liminale permanente : pas vraiment ici, encore là-bas ; pas vraiment maintenant, encore hier… L’exilé se retrouve entre deux mondes qui ont leurs propres repères, leurs propres codes. Avec la difficulté de devoir à la fois « renoncer » à sa vie d’avant (en partie) pour être réellement présent à sa vie d’aujourd’hui, et à la fois « s’accrocher » à sa vie d’avant parce que c’est ce qui l’a construit et qu’il en a besoin, mais aussi parce que la procédure lui impose (de se souvenir, pour témoigner). Ce passage « d’un monde à l’autre » n’est pas sans conséquences, la première étant le fait d’être, d’une certaine manière, « nulle part ». Or, la musicothérapie peut favoriser l’ancrage, le lien. Elle peut aider celui qui « a été arraché à son ailleurs hier » à mieux « être ici maintenant ».
C’est ce que j’ai expérimenté au Rocheton, association qui accueille et accompagne, entre autres, des demandeurs d’asile (en cours de procédure) et des réfugiés (qui ont obtenu l’asile). Au sein d’une équipe exclusivement composée d’intervenantes sociales, dont j’ai vite compris les difficultés impliquées par l’ambivalence des missions qui leur sont assignées (mettre en œuvre le « dispositif national d’accueil » - porteur de ses propres maltraitances et injustices - et accompagner, de manière militante et humaine, les personnes recueillies), j’ai eu la chance de pouvoir monter un projet musicothérapeutique de A à Z, avec toute la richesse qu’engendre la mise en œuvre d’un projet « nouveau » dans une structure mais aussi les difficultés inhérentes. J’ai pu expérimenter de nombreux outils de la musicothérapie : la voix, le chant, le souffle, la respiration, la relaxation, le jeu, l’écoute musicale, la pratique d’instruments, la mise en mouvement du corps… chaque outil ayant trouvé sa place au moment de la rencontre, notamment avec Nalagini, Mireille et Néhémie. Trois personnalités, trois parcours, trois chemins musicothérapeutiques différents. Mais tous vécus au présent. Et tous me questionnant sur ma posture de thérapeute.

 
  
 
     
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