Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
 

 
Fanny Dépt 81 - Groupe 68

Pour préciser un peu le contexte de ma démarche, j’ai entendu parler de musicothérapie pour la première fois en 2005. L’idée a fait son chemin jusqu’à ce que je prenne conscience, au cours d’un stage en dernière année de formation en psychologie en 2008, que le métier de musicothérapeute se rapprochait plus de ce que je souhaitais faire. Aussi, les personnes que je reçois en consultations psychologiques sont des personnes exilées, souvent primo-arrivantes, la barrière de la langue est donc un fait. Je m’imagine alors utiliser la musique, ce bel outil transculturel, pour aller au delà des mots, dans une communication différente et plus authentique avec l’autre.

Et voilà mars 2011 : j’intègre le groupe « 68 » espérant secrètement qu’il sera révolutionnaire.

Au commencement était le groupe

Premier contact avec les personnes du groupe, 15 personnes provenant d’horizons très différents (Métropole, Outre Mer, Belgique) avec de fortes personnalités et un bon rapport numérique homme/femme qui me rassure car le domaine de la relation d’aide est souvent assez féminin. Très vite l’écoute et le partage règnent entre les personnes, permettant à chacun de s’exprimer à son rythme, à sa manière et d’échanger sur tout et rien. Cette première semaine fut riche de découvertes, d’émotions partagées entre tous, puis en fin de semaine le groupe se modifie : une personne venue pour la sensibilisation reste, l’autre part, non sans regrets.

Je suis heureuse d’avoir pu expérimenter le fait de faire partie d’un groupe car il s’agit là d’une aire d’expérience qui m’intéresse beaucoup et qui était d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je choisissais le C.I.M.
J’ai été très attentive à la dynamique de groupe au quotidien. Celle-ci n’avait pas les mêmes qualités selon les jours et les intervenants- chacun étant singulier dans sa façon de tenir le cadre, de stimuler la dynamique de groupe, de transmettre. C’était là une belle preuve de l’importance du cadre et de son effet sur ce qui se joue entre les personnes en conséquence.
C’est un merveilleux miroir le groupe : je suis sous le regard de l’autre, et de ce fait je suis changé. Il ne se joue pas les mêmes choses au niveau émotionnel et au niveau de l’écoute. Je repense à ce bel exercice autour des prénoms lors de la première journée avec Sylvie Braun, quelle émotion d’entendre le groupe reprendre son prénom dans une musicalité nouvelle, certainement un exercice à pratiquer en séance de musicothérapie. Je repense au montage sonore qui nous représente. Quel décalage entre l’écoute chez soi et l’écoute avec le groupe. Je repense à Christine Mullard qui nous demande de laisser venir le mouvement authentique. Quel écart entre ce qui advient avec et sans une personne témoin à nos côtés.
Nous sommes invités à partager en groupe ou sous-groupes expérience, ressentis et réflexions, co-construisant ainsi de nouveau savoirs, nous décentrant de nous-même. Cette forme de pédagogie nous permet d’accéder à une plus grande complexité, et à une meilleure connaissance de soi et de l’autre.
Ainsi, les semaines au centre passent et ne se ressemblent pas, car les personnes sont transformées dès ces premières semaines de formation, et le groupe avec. Plus de lâcher prise pour certains (des défenses plus souples), plus d’acceptation des paradoxes pour d’autres, des besoins de reconnaissance ou de réassurance qui évoluent, des fragilités qui se manifestent, une écoute qui se modifie pour tous il semble.

Les intervenants

J’ai été très touchée par le plaisir de transmettre de chaque intervenant, et de cette humanité qui se dégageait de chacun : sensibilité, humour, respect. Je pense en particulier à Anne Bauer, Eugénia Duta et Anaïs de Tinguy-Simon. En fin de journée malgré la fatigue l’appareil à penser ne s’arrête pas, au contraire il tisse de nouveaux liens, se pose d’autres questions, des mots résonnent, du sens en émerge. Beaucoup de petites phrases pleines de sagesse lancées par les différents intervenants me restent encore aujourd’hui en mémoire.
Des interventions très diverses s’enchaînent, complétant souvent celles de la veille etvdonnant ainsi une certaine cohérence au tout.
Mon seul regret concernant le programme est qu’il n’y ait pas eu un peu moins d’intervenants, afin de pouvoir revoir certains pour approfondir, comme Dominique Laudet et Isabelle Pasquier en particulier.

Quand je repense à l’ensemble des intervenants, il y a trois personnes qui me viennent d’emblée à l’esprit, car elles m’ont beaucoup appris par leur présence, leurs réflexions sur leur pratique et leur bienveillance.
Le premier intervenant est Dominique Bertrand. Il est le seul intervenant à être présent pratiquement chaque semaine. Sa gestion de la dynamique de groupe met réellement au travail, la richesse de ses connaissances permet de toucher à tous les champs disciplinaires sans clivage, et suscite à chaque instant ma curiosité.
Ses interventions orientent notre réflexion sur des aspects fondamentaux dès la première semaine: Qu’est-ce que la musicothérapie ? Pourquoi voulez-vous devenir musicothérapeute ? Quelles sont vos failles ? Ces questions résonnent alors tout le reste de la semaine et trouvent des éléments de réponse assez rapidement, notamment dans un rêve particulièrement significatif que je fis des jours après.
Il suscite tout du long notre réflexion sur la pratique du thérapeute- les exigences du métier (« on travaille avec l’inconnu »), les limites, les dangers, mais aussi sur nous-même, c’est-à-dire notre fonctionnement, notre rapport à la musique, nos failles et notre égo. D’égo il est beaucoup question… et ses métaphores illustrent précisément la place du thérapeute : non pas comme un fantasque sauveur mais comme catalyseur, facilitateur d’une réaction mais absent de l’équation : « le patient vient faire connaissance avec lui-même »… pas avec vous : cette phrase me plaît beaucoup.

La seconde personne que j’ai particulièrement appréciée est Christine Mullard, chacune de ses interventions nous fait également toucher aux fondamentaux de la relation à l’autre : l’écoute, la présence, l’authenticité et l’accueil inconditionnel, la richesse des perceptions de l’ensemble du corps, l’importance de l’ancrage et de la respiration. Je me sens proche de sa sensibilité et je prends conscience de la richesse de ce qu’elle nous transmet. « Le corps sait ». En effet, d’ailleurs je m’imagine déjà ce que type d’approche pourrait apporter à certains patients angoissés et enfermés dans des processus de mentalisation: laisser parler le corps dans l’ici et maintenant, trouver ce qui est juste pour soi, le laisser s’exprimer pour s’en défaire. Beaucoup de ses paroles me restent en mémoire, comme sa réponse à un patient qui lui demande que faire : « que faut-il défaire ?». Concernant la posture du thérapeute : « faire en sorte que le patient s’autorise à… pour que puisse émerger son savoir propre ».  Ce ne sont là que des petites phrases mais importantes et qui restent même après des mois.

La troisième personne qui m’a marquée est Dominique Laudet. Son intervention a transformé quelque chose qu’il est difficile de mettre en mots. Le désir d’exercer ce métier était déjà présent et c’est comme si, par son intervention, j’avais pu enfin me positionner en tant que musicothérapeute, faire comme si. En effet, c’est le premier intervenant à nous faire imaginer une situation de suivi avec une personne et à nous demander d’élaborer un montage pour cette personne dans le cadre d’une prise en charge. Cet exercice tombe à pique, aux trois quarts de la formation, et me retourne le cerveau pendant plusieurs semaines. Ce fut un travail gargantuesque à fournir pour ma part. N’ayant pas encore de discothèque, j’écoute un centaine d’heure de musiques sur internet à la recherche de 3 petits extraits musicaux qui pourraient correspondre à ce mystérieux patient nommé Alexandre. Lors de l’écoute de mes choix en groupe, il apparaît que ma démarche était juste, mais chacun des morceaux posait question : la musique 1 à éviter dans ce cas particulier, la musique 2 peut-être trop relaxante, et enfin un crescendo trop long à venir pour la musique 3, attention au risque d’endormir le patient ! Là je comprends à quel point la tâche est laborieuse! C’est un peu comme une claque qui me réveille, il me faudra continuer à fournir beaucoup de travail et de recherches afin d’être plus juste, notamment pour cette démarche en musicothérapie réceptive. Un second exercice nous sera donné, qui sollicitera tout autant de temps, d’énergie que le premier, toujours aussi laborieux, je doute beaucoup et me demande alors vraiment si j’ai progressé. Je suis en tension jusqu’à la réponse rassurante de l’intervenant. Grand soulagement…

Ce que m’a apporté le C.I.M.

Cette formation est bien différente des précédentes.
Le parcours universitaire laisse un sentiment d’inachevé : peu d’expériences de terrain, des théorisations multiples, des champs différenciés et hermétiques les uns aux autres.
La formation au C.I.M. table sur le reste : susciter la curiosité, expérimenter par soi-même, laisser la théorie être ce qu’elle est  (une simplification du réel qui peut être remise en cause), utiliser des apports d’autres disciplines et la communication entre elles pour enrichir la sienne (philosophie, psychanalyse, ethnologie, sophrologie, musicologie, mythologie). Le tout mené par des intervenants passionnés et pédagogues.

La formation, je l’ai vécue comme une invitation au questionnement, à l’écoute, à la découverte. Les retentissements sur le plan professionnel, personnel, musical de cette formation sont multiples, ils continuent de résonner et faire leur chemin.
A un niveau personnel, on pourrait dire qu’une forme de travail sur soi s’opère au C.I.M. et en dehors. Notre évolution personnelle se retrouve accélérée par ce que nous vivons en formation. La dynamique de groupe, l’écoute de soi et des autres, l’expérimentation, nous renvoient constamment à nous-même, dans une remise en question permanente, qui n’est pas de tout repos mais tellement importante.
De nouvelles manières d’être et de faire voient ainsi le jour. Cela se manifeste au quotidien sans que je ne m’en sois vraiment rendue compte : de nouvelles activités commencées en 2011 (apprentissage d’une nouvelle langue, d’un nouvel instrument). J’observe une rigueur et motivation nouvelles pour la recherche et l’organisation de mes connaissances (sur la musique et la thérapie) et pour ma pratique instrumentale qui prend plus de place et devient régulière en fin d’année.
             
Concernant la musicothérapie, l’opportunité de rencontrer autant de musicothérapeutes différents permet de clarifier bien des aspects des techniques et de la pratique. Cela nous ouvre sur un infini de possibles (de l’utilisation de la voix et du corps sonore à l’Ipad) tout en nous renvoyant à ce que nous, avec ce que nous sommes, pourrions proposer à des personnes.
Concernant l’utilisation de la musique dans un objectif thérapeutique, je découvre dès le début de la formation qu’il n’existe pas de musique en elle-même qui aura tel ou tel effet précisément, que la musique en elle-même ne guérit pas, et je trouve tout cela bien rassurant. Par les exercices d’écoute, mon écoute se transforme, s’amplifie peut-être. Avec Vincent Bodu et Sylvie Braun, je prends conscience à quel point la musique ramène chacun à quelque chose de singulier, de l’ordre de l’affectif, de l’intime, de l’histoire personnelle et familiale. Qu’on aime telle musique ou pas, les mots que l’on utilise pour en parler en disent bien plus qu’on ne le voudrait, qu’on ne l’imaginerait sur qui nous sommes.
J’ai trouvé étonnant le fait de n’avoir pratiquement pas écouté de musique (en dehors du temps de la formation ou pour réaliser les exercices demandés). En effet, je me sentais trop à l’aise dans le silence pour l’interrompre. Finalement, en fin de formation, la « musicophilie » a repris le dessus : l’envie de découvrir de nouvelles musiques, de nouveaux instruments est là mais cette fois, avec l’objectif nouveau de constituer une discothèque et un instrumentarium que je pourrais utiliser dans un cadre thérapeutique.

Aujourd’hui

Au bout de ces sept semaines, la formation au C.I.M. est déjà presque terminée. Il me reste trois semaines pour approfondir dans le domaine de la relaxation/sophrologie ; mais il est temps de contacter des musicothérapeutes, de chercher des lieux de stage, afin de me confronter à de nouvelles réalités et d’inventer ma propre pratique.
La formation au C.I.M. m’a permis de poser la première pierre et maintenant il reste tout à imaginer, à créer et à expérimenter. Je sais que le chemin sera probablement long et difficile mais je suis sereine et confiante.
Le projet qui me tient à cœur reste celui de faire découvrir la musicothérapie et les techniques psychomusicales aux associations qui œuvrent auprès de personnes exilées, et des personnes en situation de rupture... mais tout est ouvert et donc possible.
Merci.

 

 

  
 
     
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