Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
 

 
Elodie Dépt 77 - Groupe 67

Voilà, nous y sommes, Dominique Bertrand a proclamé la mort du groupe 67 !!!!

Le moment est donc venu de faire le deuil, de sortir de notre caisse de résonnance ou  raisonnance et de se poser, de se questionner et de repenser aux semaines écoulées.

Orthophoniste et choriste, passionnée de musique, je suis habitée par cette phrase de Gabriel Celaya « tant que sur terre il restera un homme pour chanter, il nous sera encore permis  d’espérer… »

L’espoir…

Point de départ de nouvelles envies, de nouvelles perspectives mais aussi de doutes et de remises en question.

La musique est antérieure aux mots ;

Instinctivement, j’utilise la musique depuis de nombreuses années dans le cadre de mon travail comme médiateur à la parole et à la communication. Je ressentais un vrai manque et une envie d’aller plus loin dans ce domaine et c’est ainsi que je me suis documentée sur la musicothérapie.

Après de nombreuses recherches, le CIM m’est apparu être le lieu idéal pour me former à la fois de façon pratique et théorique, je ne voulais surtout pas retrouver les bancs universitaires et les longs discours où chacun finit par se noyer. De plus, je me suis sentie très en accord avec la philosophie du centre qui consiste à dire que « la musicothérapie améliore la communication quand le mot n’a plus sa place ».

C’est donc un peu tremblante que je franchis la porte du CIM par un après midi ensoleillé et que je rencontre Sylvie Braun et que je croise Dominique Bertrand. La chaleur de l’accueil, l’ambiance des lieux, toutes ces chaussures alignées devant la salle de cours ont suscité ma curiosité et convaincu. J’espérais vraiment faire partie de cette « grande aventure » !

Le 22 novembre 2010, je découvre mon groupe.
On s’observe, on s’apprivoise, on apprend à se connaitre, à s’écouter.
Je prends possession des lieux avec beaucoup d’envie et d’impatience… la salle, la moquette, les coussins, les instruments, ce gong qui me fait tant rêver !!!!

Je me sens bien… et cette quiétude ne m’a pas quittée.
Notre aventure humaine commence !!!!

Dans le discours de Sylvie en ce début de formation, je retiens l’importance de l’Etre, apprendre à être à l’écoute, apprendre à être juste avec ce que l’on est !
J’entends également la démarche humaine et le fait que l’outil musical apprendra à chacun à donner et à recevoir.
Là, j’ai pensé : « que la route va être longue mais qu’est ce qu’elle va être passionnante également ! »
Passée l’appréhension de la réalisation du montage sonore et les inquiétudes suscitées, cette expérience fut d’une grande richesse et un moyen fabuleux de sentir et réaliser combien la musique peut dévoiler la personnalité, les émotions et les ressentis de chacun.

Le deuxième jour, je fais la connaissance de Dominique Bertrand qui annonce d’emblée la couleur : « Ici, nous sommes là pour réfléchir, le langage est une provocation à penser pour amener la réflexion ! »
Mission accomplie, quel bonheur de le retrouver chaque semaine, de mêler théorie et pratique, de vivre l’expérience des harmoniques, des percussions corporelles, des sous-groupes où la parole se libère, toutes ces interactions qui ont influencé notre dynamique de groupe et lui ont donné tout son sens. Le groupe 67, ce grand laboratoire de travail du fait de sa diversité mais aussi de son unité.
Dans chacune de ses interventions, Dominique a su replacer l’importance du cadre, le rôle du thérapeute, le sujet, le moi, le transfert et autres notions chères à la psychanalyse. Il a également beaucoup insisté sur les précautions à prendre , la notion de toute puissance de certains thérapeutes peu scrupuleux ou inconscients. Soyons prudents, ne tombons pas dans des interprétations trop hâtives, utilisons juste la musique pour réveiller au présent des expériences passées, la polysémie de la musique étant infinie !

D’autres intervenants, par leur grande humilité, leurs connaissances humaines et leur capacité d’écoute nous invitent à nous remettre sans cesse en question et à ne jamais nous prendre pour des marchands de paradis.

Cette formation a également mis l’accent sur l’importance du temps , Vincent Bodu en parle très justement, « laisser le temps faire et laisser faire le temps ! » se dire que tout peut changer, tout le temps.
Voici la notion de confiance, croire en la personne que nous avons en face de nous, la savoir capable de raison.
« Envisager la personne et non pas la dévisager » selon les termes de Eugénia Duta, « Avoir la foi en un sujet potentiel » selon Dominique Bertrand. 

Tout cela nous renvoie vers autre chose, n’oublions pas que pour pouvoir libérer l’autre de sa souffrance, il faut connaitre sa propre souffrance. La question de nos failles narcissiques, de nos propres limites et du travail personnel nécessaire à quiconque désirant être thérapeute, notre vraie force venant de la connaissance que l’on a de nos fragilités.

Lâcher prise, accepter les émotions déclenchées par l’écoute d’une œuvre musicale ou par le jeu musical, recevoir la réalité de l’autre avec le plus de respect possible.
«  Laisser l’autre être l’autre, ne plus l’accabler de désir et de conseil mais écouter l’union et la différence !!!! », merci Anaïs pour cette jolie réflexion de Maître Eckhart.

Le respect, cette grande valeur qui émane tant de Anne Bauer, quelle énergie déployée pour accompagner par le rythme, le chant, la danse l’expression parfois si limitée de certains, pour valoriser la personne et verbaliser ses actes, pour mettre en mots ses maux !!!
Je retiendrai certains de tes préceptes Anne ;

  • Jamais d’instrument cassé
  • Se laisser le temps
  • Laisser le temps à l’autre
  • Ecouter l’autre à travers son corps et ses gestes
  • Se faire confiance, croire en notre instinct
  • Et tenir bon !!!!!

Les montages sonores à réaliser pour Dominique Laudet m’ont demandé un grand travail de recherches, d’écoutes et d’analyses d’œuvres musicales. Ceci m’a permis de me plonger de façon concrète dans la musicothérapie réceptive et de mesurer l’impact et le pouvoir de certains morceaux ou de certaines cellules sonores sur autrui ou sur son symptôme. L’écoute des montages des autres membres du groupe était tout aussi enrichissantes, permettant d’explorer différents axes de travail possibles à partir d’une même problématique.
Vincent Bodu, par ses écoutes d’œuvres mais aussi dans l’exercice qu’il nous a demandé de ramener notre musique préférée et notre musique détestée m’a permis de sentir encore plus combien chaque musique raisonne de façon singulière en chacun d’entre nous.

La journée sur la relaxation et la création d’un programme  avec décharge des tensions m’a permis d’écouter la musique autrement. Quelles musiques utiliser pour à la fois faire émerger ce qui ne va pas et aussi créer une enveloppe sonore suffisamment contenante pour atténuer les angoisses, comment amener l’autre à ne plus penser à rien… ? 

                                                                                                           
Dans cette formation, j’ai  appris à travailler sur mon corps. Par le biais  de nombreux « jeux » corporels, j’ai expérimenté combien mon corps est à lui seul un véritable instrument de musique et combien il faut être à son écoute.

Emmanuelle Parrenin, par sa technique de Maïeuphonie, ramène la personne dans son corps, dans sa respiration, dans ses racines. Le thérapeute servant alors d’amplificateur, permettant à l’autre de s’autoriser à aller au-delà dans un cadre sécurisant et non intrusif.

Le cadre m’amène  à Isabelle Pasquier et au travail qu’elle nous a demandé, à savoir de nous projeter comme musicothérapeute, de définir le cadre thérapeute et d’élaborer un dispositif à partir d’un questionnement.

La journée sur l’écoute et la transmission orale par Anne Montage a remis l’accent sur l’importance et la responsabilité de notre parole. Nous avons beaucoup parlé de contes, ces fabuleux miroirs de la société et de l’importance de l’imaginaire dans la construction psychique.

Nous avons eu aussi ce que je serais tentée d’appeler une journée détente avec Jean Marie et son voyage musical, quel bonheur, un jour complet à danser, chanter, jouer !!!! Encore !!

En terme de voyage, la journée sur l’ethnopratique et la thérapeutique musicale avec Omer nous a transportés en Afrique et dans leurs croyances, la transe, les esprits, les fêticheurs…
Il est très important d’avoir ces notions culturelles et de les accepter.
 Sioux disait d’ailleurs ; «  ce que les médecins blancs appellent psychotiques sont des esprits ( …) ils n’ont pas besoin de soin car ils sont en communication avec l’au-delà !! »
Le respect de l’autre et des coutumes de chacun….

« Se questionner sur les représentations que l’on a de la population qui est en face de nous », phrase de Christine Mulard qui raisonne en moi et me rappelle combien il est primordial prendre l’autre tel qu’il est, à ce moment présent sans jugement et interprétations.

Et puis, il y a eu cette journée sur l’inceste, pas très tentant, j’y allais à reculons….
Je me trompais, Dominique Mazeas a su faire de ce thème délicat un sujet de réflexion en se plaçant tour à tour au niveau anthropologique et juridique, puis en resituant les liens étroits qui existent entre inceste et psychose, la fragilité narcissique et la perversion, l’ambivalence propre aux familles où il règne un climat incestuel.

Outre tous ces moments formalisés, il y aussi eu tous les autres, cette formation est une magnifique expérience de vie, ponctuée de rencontres magiques, d’échanges variés et de complicité. Il y a aussi eu des moments de doute, d’incompréhension mais comme le décrit Monsieur Anzieu en parlant d’illusion groupale, « nous étions bien ensemble, nous constituions un bon groupe. »
J’ai un attachement très fort à mon groupe qui a été un cocon bienveillant et rassurant facilitant la parole, les prises de risque, les questionnements à partir de ce que chacun a bien voulu partager de ses propres expériences de vie.
Ce groupe a aussi été le lieu d’incompréhensions, d’agacements parfois et de frustrations, mais un bon groupe pourrait-il exister sans cela ?

J’ai pris un plaisir énorme à improviser sur les percussions quand certains, lors des pauses, se mettaient à jouer ou à chanter, moments ressourçants, où chacun autour d’une passion commune se fait plaisir et tisse de véritables liens avec l’autre.

J’ai eu des moments de doutes, d’incertitudes et de chamboulement émotionnel.
Cette formation est un véritable travail sur soi et il faut pouvoir en accepter les conséquences. Les émotions ont été aussi multiples que variées, joie intense, tristesse, amertume, angoisse, apaisement, curiosité… la liste est trop longue pour pouvoir être exhaustive.
Cette aventure musicale a en tous cas été un véritable déclencheur d’envies et de prises de conscience de mes peurs, de mes limites et de mes doutes.

La musique et en particulier le chant sont pour moi des moyens d’expression et de communication privilégiées qui m’ont permis de dépasser mes craintes, ma timidité et d’oser… d’oser faire confiance, d’oser me faire plaisir sans peur du jugement, d’oser être moi.
Au long de ces semaines, toutes les expérimentations sur la voix, le rythme, le conte, la relaxation m’ont réconciliée avec les sensations corporelles et m’ont ouvert de nouvelles voies à travers la voix.

J’ai également vécu la dernière semaine de formation une expérience qui sera décisive je pense pour moi dans les années à venir, l’écriture en musique, se laisser guider par la musique, laisser venir les mots, les agencer, tranquillement, au rythme souhaité. J’ai alors  vraiment pris consciente du lâcher prise, j’ai arrêté de penser pour mieux panser certaines blessures…
 les vers ont coulés sur la feuille, presque malgré moi et pourtant, quand je relis, ils sont bien de moi.
Je me reconnais, j’ai franchi un autre cap, celui de l’acceptation.

La grande bienveillance et le respect sont des notions qui ont été omniprésentes au cours de cette formation et sont des qualités communes à l’ensemble des formateurs.
Il m’ont permis d’avancer sur cette route , chacun ayant le désir de partager son expérience de travail, de manières parfois très disparates et avec des visions différentes mais toujours de façon juste.

Je laisse le temps au temps,
J’ai beaucoup apprécié d’ailleurs le temps entre chaque semaine de formation qui permettait de laisser les choses mûrir, prendre sens, qui permettait aussi les recherches personnelles, les nombreuses lectures et écoutes d’œuvres ;

Je suis devenue une véritable « musicophage !!!! »

Je souhaite vraiment être musicothérapeute, peut être un jour….

Il me reste encore beaucoup de travail , deviens ce que tu es et sois ce que tu deviens !

Quoiqu’il en soit, cette formation n’a fait que consolider ma croyance ;

La musique est un fabuleux outil thérapeutique.

Merci sincère à tous les formateurs du CIM et à mon groupe 67.

 

 

  
 
     
© Tous droits réservés 2002/2017    www.musicotherapie.info