Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Camille HOUARD
Soutenu juin 2016
 
  "La musicothérapie, une étonnante ré-création"

Mention
Très Bien

 
Résumé

Ces trois dernières années, je pense avoir été largement influencée par ma formation en musicothérapie ainsi que par ma pratique du clown. Ces enseignements et ces pratiques ont construit des savoir-être et des savoir-faire qui ont fait naître des intuitions de travail et des positionnements à expérimenter dans la réalité de terrain. La rédaction de ce mémoire a été le passage d’une situation personnelle à une situation professionnelle qui m’a fait prendre du recul sur ma pratique et mes propositions, en séances de musicothérapie.
J’interviens en stage, avec un groupe d’adolescents présentant des déficiences intellectuelles, en binôme avec une psychologue. En découvrant ce public, j’ai compris que la demande et les objectifs de l’Etablissement Médico-Professionnel (EMPro) sont centrés sur l’autonomie et les apprentissages pour que ces jeunes puissent aller travailler dans des structures qui leur sont adaptées. Pour cela, le travail mené par les professionnels est principalement porté sur la connaissance des codes de la société et l’exécution de consignes données. Il m’a vite semblé que nous donnions une priorité différente aux approches constituant la définition de l’autonomie. L’autonomie dite comportementale - dans l’approche socio-cognitive, est celle qui permet de faire des choix, de prendre des décisions personnelles. Et l’autonomie dite émotionnelle ou affective - dans l’approche psychologique - est celle qui consiste à s’affranchir des liens de dépendance infantile et permet l’affirmation de son individualité. Mais comment parle-t-on d’autonomie pour ces adolescents ? S’agit-il d’une prise d’autonomie « complète » ou restent-ils dans un état de dépendance vis-à vis des adultes ? De prime abord, ils m’ont semblé obéissants et bien définis dans leurs rôles sociaux et je m’interroge sur le libre choix de ces traits de personnalité. Se sont-ils construits en protection ou par défense ? Ont-ils été choisis et investis librement ?
La musicothérapie étant inconnue et nouvelle dans l’établissement et ne connaissant pas les adolescents, j’ai proposé un projet qui s’est écrit, essentiellement, en fonction des besoins, désirs et motivations des participants. Pour cela, j’ai mis en place un cadre suffisamment ouvert et sécurisant pour que les jeunes aient la possibilité de se mettre en mouvement et de s’exprimer librement.
J’observe qu’au sein de cet univers de contraintes de travail, l’espace/temps des séances de musicothérapie, par la répétition et l’étonnement des jeux partagés, les adolescents prennent plaisir à venir vivre un moment ré-créatif, pour eux, au présent, sans soupçonner les transformations qui se mettent à l’oeuvre. Ils choisissent, jouent, regardent, écoutent, touchent, vibrent et rient.
La musicothérapie permet-elle d’expérimenter différemment son rapport à soi, dans un espace de jeux, où le rapport à l’autre est différent ? Est-ce en empruntant ces chemins qu’une structure de personnalité, une (re)naissance singulière peut se consolider ou prendre forme ? La musicothérapie permet-elle, dans la répétition et l’étonnement du jeu, de lâcher les règles et le « contrôle » pour se découvrir et déployer sa structure de personnalité ? Cette part exprimée de personnalité deviendra-t-elle assez solide pour franchir les portes de l’atelier JEux SONOres ?

 
  
 
     
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