Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Laetitia ANGELONI
Soutenu juin 2015
 
  "La Musicothérapie à la rencontre de la naissance
… N’être, Naître et Renaître dans sa Voix…
Ou quel accompagnement de la périnatalité par la musicothérapie"

Mention
Assez Bien

 
Résumé

« Entrez en vous même, sondez les profondeurs où votre vie prend source. Vous ne pourriez troubler plus visiblement votre regard en dehors, qu’en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner. » Rainer Maria RILKE.

La musicothérapie représente pour moi plus qu’une discipline thérapeutique moderne. Elle est un concept universel qui préexistait avant même qu’on ne le nomme… Dans tout ce que la musicothérapie propose de voies vers l’harmonie, l’accord parfait d’un tout, ce tout incarné par l’individu, elle représente une mine de ressources pour le maintien de l’équilibre d’une existence et de ses étapes transitionnelles telles que la grossesse et l’accès à la parentalité.

La périnatalité est un temps fort dans le cours d’une vie. Un temps au coeur duquel tous les constituants de l’être sont remaniés, repositionnés, renouvelés, (ré)identifiés et causent de fortes tensions psychiques et émotionnelles au coeur de l’individu.
Dans « périnatalité », il faut entendre, avec tout ce que cela comporte, d’une part, le « devenir parent », mais également, le « devenir individu » pour l’enfant à naître.
Dans sa temporalité d’ailleurs, la périnatalité est considérée dans cet exposé comme la période allant de la conception réelle de l’enfant futur (voire en amont, dans le désir d’enfant et sa conception fantasmatique) jusqu’aux premières semaines, voire premiers mois de vie du nourrisson (et au-delà lorsque nécessaire).

Si par ailleurs l’on porte notre attention uniquement sur la grossesse, il est communément admis aujourd’hui toute une psychopathologie liée à la naissance.
La période gestationnelle renferme ses propres bouleversements, ne serait-ce que d’ordre physique, et ces changements brutaux, souvent subis et parfois ressentis comme très violents, imposent inéluctablement la mise en place de mécanismes d’adaptation transitionnelle de l’individu dans son existence remaniée et évolutive. Le corps et le psychisme de la future mère apparaissent alors comme de vastes territoires d’exploration.

Parallèlement à cela, il y a la voix. La voix est son… Et de ce fait, elle en possède toutes les propriétés et le pouvoir physique de mettre en mouvement les matières. Mais plus encore, elle porte en elle l’expressivité de l’être, raconte l’histoire personnelle, laisse entrevoir le fin fond de l’individu et renferme des ressources parfois insoupçonnées.
Si le son met en mouvement la matière, la voix met en mouvement la matière et le psychisme de l’être vivant. Elle en est même une spécificité unique, identifiable et reconnaissable entre toutes, une empreinte identitaire.
Par ailleurs, le psychisme humain prend son origine dès la venue au monde de l‘individu, peut-être même en amont, pendant la vie in-utero… La voix en est l’un des reflets les plus précieux. Elle se construit tout au long de l’existence, et de l’instrument-voix naît l’homme-instrument.
La voix est à l’individu ce que l’instrument le plus prestigieux est à l’oeuvre symphonique. Il en va de sa facture, de sa composition organique et anorganique, de son jeu et de son mode d’utilisation, de sa source d’inspiration, de son histoire, de ses influences, de ses intentions véritables ou cachées, de ses héritages proches et lointains…

De plus, comme le son prend tout son sens dans la mise en relation de deux pôles, l’un émetteur, le second récepteur, la voix aussi crée la liaison. Elle est l’essence de la communication. Elle a une source et elle nécessite une écoute, une réception.
C’est un principe essentiel qui ouvre de larges possibilités d’expérimentation et d’exploration. L’on peut se pencher tant sur la source et les origines de la voix que sur ses divers destinataires et destinations, tant conscientes qu’inconscientes.

Le système phonatoire, puis par extension l’individu tout entier est « source ». La réception, elle, est d’ordre sensitif, sensoriel, émotionnel. Et sa destination peut tout autant être extérieure à l’individu, qu’intérieure ; il est tout aussi important d’être entendu de l’autre que de s’entendre soi-même.
La voix est un trait d’union entre les éléments d’un ensemble.
Entre Terre et Ciel… Comme la musique nous offre un lien entre rythme et mélodie, la voix unit la dimension terrestre et la dimension céleste de l’individu, l’ancrage corporel et la volatilité de l’esprit. Alors comme on use d’un véritable instrument, chaque individu peut choisir d’user de sa voix pour mener des recherches personnelles et pendre le chemin de la découverte de soi, de soi avec l’autre, de soi au pied du monde, de soi dans l’univers, dans la vibration sonore comme dans le silence.

La grossesse et l’enfantement sont de belles occasions de sonder ses propres mystères… Et pour ce faire, il me semble pour le moins nécessaire de se rapprocher de sa dimension naturelle.
J’ai donc considéré que la voix, les capacités vibratoires et la musicalité de chaque individu s’inscrivaient dans le cadre musicothérapique, dans ses premières lignes même. Et j’ai tenté d’amener la musicothérapie à la rencontre de la naissance en proposant un accompagnement périnatal le plus large et le plus adapté possible de la future mère, de l’enfant à naître, du couple, voire de la famille nucléaire, qui se présentaient à moi.
J’ai mené mon étude sur un groupe de parturientes volontaires. Je les ai reçues sur mon terrain de stage, dans un cabinet de sages-femmes, entre mi-juin 2014 et mi-avril 2015. J’ai pu leur proposer des séances de groupe, des séances individuelles, des séances en couple.
Notre axe de travail était basé sur la voix et la vibration sonore propre. Les objectifs ont été de guider chaque femme, voire chaque couple:
- dans le stade d’évolution existentiel majeur de la grossesse,
- dans l’expression libre de l’histoire personnelle,
- dans le (re)positionnement face à tout événement et toute nouveauté,
- dans les abords du temps fort de l’accouchement pour favoriser l’accouchement eutocique et naturel,
- dans la communication avec le foetus et l’accueil du nouveau né,
- dans la sensibilisation de chacun à tous les bienfaits d’un environnement sonore et musical, particulièrement propice au bon développement psychomoteur et sensoriel futur de l’enfant.
J’ai tâché de rester en dehors de toute systématisation et au plus près des besoins et des attentes de chacun, de mener un travail en temps réel.

J’expose les résultats de mon étude sous une forme avant tout qualitative, notamment dans un compte-rendu au cas par cas (intitulé « Cas particuliers » : Partie III / paragraphe I-2-1).
Après analyse des résultats obtenus, certaines lignes principales m’apparaissent ainsi:
- une toute-puissance des protocoles médicaux dès la prise en charge des patientes en service hospitalier qui laissent encore peu de liberté au projet de naissance des couples et étouffent ainsi souvent le déroulement naturel de l’accouchement (en l’absence de l’accompagnant musicothérapeute),
- le caractère primordial et indispensable du positionnement conscient du patient et d’une implication personnelle ancrée pour le maintien de l’équilibre intérieur,
- de belles découvertes rapportées par les patients relatives à leur rencontre avec la musicothérapie.

Mon expérience auprès du public concerné m’a amenée, d’une part, à me faire certaines remarques « de terrain » (issues des séances de couple ou de certaines pratiques précises, par exemple), et des remarques d’ordre plus « conceptuel » (le lien vie/mort, le « présent »…).
J’ai testé, improvisé, expérimenté, observé, donné et reçu, vécu et donc appris tout au long de cette expérience.
J’ai tenu à discuter les résultats obtenus et j’ai tâché de garder un oeil critique sur le travail mené au cours de cette étude.

J’ai imaginé un accompagnement périnatal musicothérapique idéal dans sa forme et son contenu. Ainsi s’est imposée à moi une réflexion personnelle sur ma fonction de future musicothérapeute et les premiers préceptes d’une « charte » imaginée d’un thérapeute en devenir. Cette réflexion en mouvance ne fait que grandir…

Le propre de nos sociétés occidentales s’appuie sur des moyens issus de ses avancées technologiques et scientifiques. Elles ont certes permis à la médecine, en l’occurrence, d’assurer une meilleure appréhension de l’accouchement dans ce qu’il comportait de risques de mortalité majeurs, mais au même titre qu’elles ont hyper-médicalisé la naissance, elles ont abaissé à un niveau dramatiquement bas sa dimension naturelle, jusqu’à placer la parturiente dans une position que je qualifierais de passive, voire soumise.
D’ailleurs, selon SCHILLER, l’humanité moderne se caractérise par le principe de différenciation des fonctions supérieures de l’homme, imposant les priorités collectives au détriment de l’individualité, provoquant une « scission intérieure chez l’homme » qu’il faut supprimer parfois pour permettre à l’individu d’accéder à « une beauté et une intensité de vie. ».

Plus qu’une tendance à la déresponsabilisation individuelle, je considère que l’on assiste à une sorte de « dépossession » faite aux femmes de l’une des « fonctions » féminines premières, au détriment desquelles ces femmes « modernes » se soumettent aux attentes de nos sociétés, à savoir, assurer une fonction sociale ou sociétale multiple qui imposent des priorités entraînant la naissance dans une certaine forme de négligence.

La musicothérapie dans ses capacités à accompagner l’individu dans son existence représente pour moi une source thérapeutique précieuse à associer indéniablement à la pratique obstétricale moderne pour rendre aux personnes l’accès à leurs ressources et fonctions vitales propres, et, à la naissance, toute sa nature.

 
  
 
     
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