Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Agnès THIEBAULT
Soutenu juin 2014
 
  "Musique-Co-Thérapie" : plaisir de communiquer, plaisir d'être ensemble"

Mention
Bien

 
Résumé

Des personnes fragilisées par l’âge ou le handicap peuvent-elles, grâce à la relation établie par la médiation musicale et la dynamique de groupe, sortir de l’isolement et retrouver le chemin de la communication, le plaisir d’être ensemble ?

En avançant dans l’âge, une personne confrontée à un changement de situation d’ordre physique ou moral, comme un handicap ou une hospitalisation, une succession de deuils ou une autre raison, se renferme sur elle-même. L’angoisse de mort devient parfois envahissante et inhibante. Le placement en institution ou en milieu hospitalier est générateur d’un grand stress, souvent à l’origine de l’apparition de dépression, de décompensation, de repli sur soi ou de syndrome de glissement, de violence. L’envie de communiquer disparait alors, nous rencontrons des vieillards au regard vide, éteints. Ils sont devenus passifs, sans désirs, sans expression identitaire. Ils ne peuvent plus faire de choix, exprimer ce qu’ils ressentent. Ils disent parfois souffrir d’un cruel sentiment d’abandon, tout semble fini avant l’heure. La mort avant la mort...

Cependant, les capacités cognitives ne déclinent pas inéluctablement comme le font les capacités physiques. Etre sollicité, motivé, apprendre, éprouver du plaisir, permet de profiter, même à un âge avancé, du sentiment d’appartenance à l’humanité. La capacité d’apprentissage peut être maintenue et nous pouvons l’améliorer à tout âge, même dans le cas d’une fonction cognitive affaiblie. Le sentiment de bien-être, résultant d’une relation valorisante, riche d’empathie, favorise l’expression des choix personnels, de ce qui est aimé et désiré. « Bien vieillir », c’est garder un sentiment identitaire, entrainer sa capacité d’adaptation. Avoir une bonne estime de soi permet

de garder une cohérence intérieure, un axe central fort face aux évènements de la vie. La mémoire émotionnelle est extrêmement tenace. Jusqu’à la fin elle constitue l’identité profonde d’une personne. Eprouver, ressentir de la peine ou de la joie, du plaisir ou de la tristesse, communiquer par le regard, les gestes, le sourire, notre corps, tout cela ouvre le chemin de la communication. Le cognitif, l’affectif et le subjectif sont des registres fondamentaux de la vie. Le plaisir vient du fait de développer la capacité de vivre le moment présent, intensément.

La musicothérapie est d’autant plus efficace qu’elle fait surgir l’émotion, d’où viennent la mémoire et la verbalisation. Par le jeu, le maniement d’objets et d’instruments, tout le corps entre en mouvement. La fonction du thérapeute est d’utiliser ses connaissances, ses savoir-faire et son humanité pour renforcer le pouvoir de la personne sur elle-même, l’aider à entretenir son potentiel. Selon Yves Gineste et Jérôme Pélissier (Humanitude, édition A. Colin), « Tous les soins qui procurent du bien-être physique et psychique, du confort, du plaisir, qui vivifient la confiance et l’estime de soi, qui autorisent la personne à faire des choix, qui lui permettent d’utiliser ses capacités physiques et psychiques, relationnelles, sont des soins qui enrichissent et consolident ses supports de lutte et de vie. »

Mon travail effectué en musicothérapie répond à ces objectifs de soins. La recherche que j’ai menée en institution hospitalière gériatrique vise à valider l’impact de cette médiation sur deux groupes d’une dizaine de personnes, pendant deux ans. Nous verrons comment la créativité sollicitant l’imaginaire et la relation basée sur la valorisation, permettent de développer l’écoute, la concentration et l’attention, le respect de l’autre et le plaisir du faire ensemble. Mon expérience tentera de démontrer quel est l’impact d’un sentiment identitaire renforcé, comment il contribue

à l’unité et la cohésion d’un groupe hétérogène. J’ai également expérimenté la musicothérapie réceptive, dans le cadre d’un suivi individuel pour des personnes dépressives et d’autres en soins palliatifs. La relation créée dans ce contexte et la verbalisation permettent de calmer l’angoisse, d’apporter un apaisement.

Grace à une dynamique de groupe, des personnes ont pu goûter au plaisir d’être ensemble, d’oser faire un choix et de s’exprimer.
J’aimerai citer des propos qui ont donné un état d’esprit et un axe à mon travail, propos des auteurs J. Pélissier et Y. Gineste dans leur ouvrage « Humanitude ».

« Le thérapeute accompagne toujours la personne en tant qu’homme VIVANT confronté à la maladie, à la perspective de la mort, en tant qu’homme VIVANT ses expériences, et non en tant que mourant. Ce prendre soin gériatrique permet à celui qui est couché de se relever, à celui qui ne communique plus de retrouver le chemin de l’échange. (2007)

On ne nait pas thérapeute, on le devient. Le chemin que j’ai parcouru sur cette voie sera exprimé tout au long du récit de mon expérience.
Considérer la personne humaine vieillissante avec un profond respect est primordial. Même si cette personne est en apparence vidée de sa substance, au seuil de la mort ou enfermée dans une démence profonde, elle reste jusqu’au bout un être réceptif et sensitif.

 
  
 
     
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