Centre International de Musicothérapie    
 
 
Mémoire de Cédric MOULIÉ
Soutenu juin 2014
 
  "La CréAction, une thérapie à quatre mains"

Mention
Assez Bien

 
Résumé

Mon intuition de départ concerne la création d’un espace thérapeutique particulier que je définirai en m’appuyant sur les travaux de Winnicot : « La psychothérapie se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute. ». Le terme « jeu » est intéressant car il permet d’envisager un travail qui nous reconnecte à la créativité ludique et légère de l’enfant : le jeu comme un espace de rencontre et d’échange. Il est du ressort du thérapeute d’initier l’investissement de cet espace. Mais je pense qu’il est bon de rapidement orienter le travail vers une « création à quatre mains » afin d’impliquer complètement le patient dans le processus thérapeutique. Le praticien - et la cure dans son ensemble - deviennent alors un objet transitionnel dans lequel le patient pourra investir et exercer son potentiel créatif. Une description que donne Marion Milner du thérapeute et du cadre thérapeutique qu’elle qualifie de « médium malléable » peut également nous aider à concevoir quelle position adopter. Winnicot permet de préciser cette idée en parlant de « la capacité qu’a le patient d’utiliser son analyste ». Le thérapeute doit pouvoir s’adapter pour être en lien avec le patient, sans devenir pour autant une extension fantasmatique de l’univers intérieur du patient. Ce sera tout l’enjeu de la gestion du cadre et des mouvements transférentiels. Un aller-retour entre « souplesse » et « résistance ». Il s’agit de responsabiliser le patient quant à son vécu intérieur, en évitant le piège de la culpabilité, tout en insistant sur le fait que la manière dont il crée la thérapie peut se transposer à la façon dont il va créer sa vie, et développer ainsi sa capacité d’adaptation face aux évènements passés, présents et futurs.

Dans quelle mesure la créativité du thérapeute est-elle nécessaire dans la mise en place de cet espace transitionnel ? Sur quoi le thérapeute peut-il s’appuyer pour toujours être dans une relation créative, en résonance permanente aux matériaux que propose le patient, tout en gardant la tenue de son cadre et de ses objectifs thérapeutiques ? Comment s’expriment les enjeux transférentiels dans un tel protocole, où patient et thérapeute sont tous deux créateurs de la thérapie ? De quelle manière le patient va-t-il y répondre afin de mobiliser son propre potentiel créatif ? Le réinvestissement narcissique nécessaire à de nombreuses prises en charge, peut-il être relancé par l’activité créatrice du patient ? Comment, grâce à la créativité, permettre la libération du Soi, sans renforcer le Moi ? Quels peuvent être les écueils de cette démarche ? Je tenterai d’aborder le plus précisément possible ces diverses questions, à défaut de pouvoir toujours y répondre et je les mettrai en perspective dans divers champs d’expérimentations cliniques.

Afin de ne pas limiter ma réflexion à une seule forme de prise en charge, et pour tenter de faire émerger les points communs existants entre différents modules d’accompagnement, sorte de réduction phénoménologique autour du thème de la création dans la relation thérapeutique ; j’ai décidé de confronter mon hypothèse à différents protocoles de travail, contexte de recherche que je développerai dans la suite de ce mémoire.

« La Clairvoyance » - René Magritte

« La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer. Tu n’es pas un vil copiste, mais un poète. (…). Ces peintres invaincus ne se laissent pas tromper à tous ces faux-fuyants ; ils persévèrent jusqu’à ce que la nature en soit réduite
à se montrer toute nue et dans son véritable esprit. »

« Le chef d’œuvre inconnu » - Balzac

Winnicot, D.W. / « Jeu et réalité » / Gallimard 1971
Milner M. / « Le rôle de l’illusion dans la formation du symbole » / Revue de Psychanalyse 1979
Winnicot, D.W. / « Jeu et réalité » / Gallimard 1971
« le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi. Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même. » / Jung C. G. / « Les racines de la conscience » / Buchet Chastel 1971

 

 
  
 
     
© Tous droits réservés 2002/2017    www.musicotherapie.info