Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
 

 
Anne Dépt 92 - Groupe 69

9 novembre 2012, fin de la septième semaine de formation, « mort » du groupe 69 et...nouveau départ ! Un nouveau groupe pour la spécialisation, et surtout recherche d'un stage, réflexion sur le mémoire, sur la direction professionnelle à prendre. Toute cette année est passée à une telle vitesse, cela semble un peu vertigineux.

Comment suis-je arrivée là ?

La musique fait partie de ma vie depuis que je suis toute petite, je dirai depuis quasiment ma naissance. J'en ai éprouvé les effets sur moi, positifs ou négatifs, maintes et maintes fois.
La thérapie est quelque chose qui m'attire depuis des années. Analyser les comportements humains, comprendre telle ou telle réaction, écouter, aider, et surtout, ne pas juger.
Mais comment concilier les deux ? Le conservatoire d'un côté, la fac de l'autre ? Beaucoup trop théorique et cloisonné pour moi. J'ai entrepris des recherches, qui m'ont finalement conduites sur le site du CIM. « Musicothérapie ». Voilà enfin un concept qui correspond complètement à mes idées, mes envies ! Oui mais je ne suis QUE musicienne, je ne travaille pas dans la relation d'aide, je n'y connais pas grand chose en psychanalyse, psychiatrie et autre psychologie. Et si je n'avais pas le bon profil ? Et si je n'avais pas les capacités requises ? Et si, et si ?...

J'ai bien mis cinq ans à me décider, à comprendre que je n'étais pas faite pour « simplement » enseigner le piano. Cinq ans de réflexion qui m'ont permis de mieux me connaître et d'accepter ce pour quoi je suis faite : écouter, aider, accompagner.

L'entretient avec Sylvie Braun a balayé beaucoup de mes doutes. Oui, on peut être musicothérapeute en étant « seulement » musicien de formation ! Ouf !
Me voilà donc intégrée au groupe 69. Je prends la dernière place, ainsi que dans le module psychologie. J'y vois comme le signe que c'était le bon moment pour moi !

Moi qui suis plutôt du genre un peu timide, sur la réserve, je me sens à l'aise dés le premier jour dans ce groupe où chacun peut prendre la parole, où chacun à sa place, où chacun est écouté avec attention et bienveillance.
Le premier jour avec Sylvie y contribue très largement. Nous nous présentons chacun à notre tour, avec le bâton de pluie qui nous donne la parole. Un espace nous est donné dés le début de cette aventure pour parler de soi. Cela m'intimide un peu, mais permet une première rencontre avec le groupe. On raconte nos parcours, nos motivations, nous et la musique, et cela est déjà très riche de différences. Je m’aperçois, rassurée, que nous sommes quatre à n'avoir jamais travaillé dans le
« médical ».

Puis chacun dit son prénom et chaque personne du groupe le reprend à son tour. C'est très sécurisant
et euphorisant à la fois, tout le monde est là, bénéficiant de la même écoute. Je me sens exister au sein de ce groupe et ma timidité s'est déjà envolée.
Sylvie nous plonge très rapidement dans le vif du sujet en nous faisant expérimenter le test de réceptivité. Je me rappelle alors pourquoi j'ai choisi cette formation : c'est une formation vivante, interactive. Je ne me contente pas d'ingurgiter du savoir théorique, je vis personnellement chaque expérience. Je comprend l'impact de chaque exercice qui peut être proposé à un patient, je le ressens profondément.
Cette pédagogie particulière a l'avantage de ne pas nécessiter plusieurs années de cours intenses et inintelligibles.

J'ai adoré faire le montage sonore demandé par Sylvie, pour se raconter. Là encore, aucun cours théorique n'aurait pu remplacer cette expérience. J'y ai mis tellement de choses sans en être consciente ! Ayant du mal à parler de moi, c'est un support parfait. Je crois que ce qui m'a le plus sidérée, c'est la réaction du groupe. « ah oui, on reconnaît bien Anne ! » Ce n'était alors que la deuxième semaine de formation, nous nous étions vus pendant seulement 5 jours avant. La musique avait parlé pour nous, bien au delà de ce que nous imaginions.

Deuxième jour de formation, première rencontre avec Dominique Bertrant. Sacré personnage ! J'ai toujours regretté de ne pas avoir eu de vrais cours de philo au lycée, je suis servie, et plus encore. Je bois chacun de ses mots, cet homme est réellement passionnant.
J'aime sa pédagogie. Il nous annonce un thème, et nous y réfléchissons en groupe, puis en sous groupe. D'une part cela permet de se découvrir le uns les autres et d'autre part cela lance des débats très intéressants. Il nous pousse à explorer toutes les pistes, et ne conclue jamais, nous laissant toujours le choix dans notre réflexion, et surtout nous permettant de réfléchir bien longtemps encore après la journée.
J'ai l'impression d'être à la Grèce antique, devant Socrate, parmi ses disciples.

Il me fait découvrir (ou plutôt re-découvrir) la percussion corporelle, en groupe, sous groupe, à plusieurs voix ou à l'unisson. Plusieurs fois nous devons créer un petit « morceau » rythmique et le jouer devant les autres. L'ambiance est super, tout le monde s'écoute, même au conservatoire où les gens sont musiciens et savent normalement s'écouter, je n'ai jamais vécu cela.

Avec Vincent Bodu, nous abordons la musicothérapie réceptive. J'apprends à écouter la musique de plusieurs manières. Je l'écoute en me mettant à la place de l'autre. Si à moi elle me fait du bien, par l'autre elle peut être ressentie très différemment. Cette approche m'est très utile pour les cours avec Dominique Laudet, et me sera bien évidemment très utile toute ma vie.
Avec Dominique Laudet, nous sommes dans le très concret, mais toujours dans un cours interactif, ponctué d'exemples réels de son expérience. Le test de réceptivité prend alors toute sa dimension, nous voyons en détails comment le mettre en application et je cerne de manière vraiment plus sûre la musicothérapie réceptive.
Les études de cas qu'il nous donne sont vraiment de très bons exercices qui nous plongent au cœur du sujet... et de nos difficultés. En effet, il n'est pas si facile de trouver trois musiques pour une séance ! J'y passe beaucoup de temps, un peu moins sur le deuxième, Dominique me rassure sur mon programme. Je sais que si je me lance dans la musicothérapie réceptive mes programmes ne seront pas parfait tout de suite, mais je pense avoir compris les grosses erreurs à éviter. J'aurai aimé que Dominique intervienne plus, pour refaire au moins une étude de cas, mais en trois journée il nous a donné de solides bases et de précieux conseils.

En deuxième semaine, je rencontre les deux intervenantes qui m'ont le plus bouleversée durant cette formation : Emmanuelle Parrennin et Christine Mulard.
Au delà du fait que ce sont deux personnes extraordinaires, leur enseignement restera vraiment gravé dans ma mémoire et mon être.
Le parcours d'Emmanuelle m'a impressionné, s'il y a encore des personnes qui doutent du pouvoir de la musique et de l'esprit, ils doivent la rencontrer !
Son approche de la guérison par la musique, la Maïeuphonie, fait complètement écho à ma manière de ressentir la musique. Mais je n'aurai jamais pu mettre de mot sur ces sensations, et j'aurai sans doute mis des années à les comprendre, encore plus à les exploiter, si je ne l'avais rencontré durant ma formation.
Les exercices qu'elle nous propose tour à tour me bouleversent, me subjuguent, me bousculent. Il me faudra encore du temps pour comprendre et mettre à plat tout ce qu'il s'est passé durant ses deux interventions, mais elle m'a mise sur un chemin important, le chemin vers moi même.

Les interventions de Christine Mulard ne me laisse pas plus de repos sur le plan émotionnel, mais sont plus concrètes, car elle intervient plus. Nous abordons, entre autre, la question très importante de la place du thérapeute. Comment accueillir l'autre, sans se perdre soi même. Garder le contact avec soi, le sol, avoir un ancrage. C'est exactement ce qu'il me manquait, et je comprends aussi pourquoi.
Le mot que je retiens avec Christine est « accueillir ». Ne pas se battre, juste accueillir.

Cela change beaucoup de choses, me remue au plus profond de mon être, et me permettra de faire milles bonds en avant !

Pour revenir aux cours plus théoriques, les deux journées avec Claire Malama et Jacqueline Léon
sont très riches. Nous abordons le montage de relaxation dans deux cadres différents, en soins palliatifs et avec des personnes polyhandicapées, ce qui nous fait prendre conscience qu'il y a bien la théorie d'un côté, la pratique de l'autre. Là encore je vois bien toute la richesse de cette formation : les intervenants viennent avec leurs expériences différentes, et ne font pas un cours qui rentre dans un cadre précis.

Nous ne manquons cependant pas de bases précises, comme nous le voyons avec Sylvie lors des journées consacrées aux montages de relaxation, ou encore avec Isabelle Pasquier, lors de ses trois interventions consacrées à la mise en place d'un projet professionnel. J'étais très dubitative lors de sa première intervention, j'aurai en fait aimé qu'elle nous parle plus d'elle et de son expérience en cancérologie. Elle nous a longuement reparlé du cadre, thème que nous avions déjà abordé plusieurs fois auparavant...
Ses deux interventions suivantes nous ont permis d'approfondir. Les échanges avec le groupe ont été très intéressants, il était très enrichissant de voir les différents projets, et surtout la façon dont chacun gérait sa séance... Toutes les remarques faites l'ont été avec bonté et bienveillance, comme à chaque fois, et très constructives.

J'ai vraiment aimé tous ces instants de partage avec le groupe. Tous les échanges d'idées qu'il y a eu, pendant et en dehors de la formation. Lors de l'entretien, Sylvie m'avait dit que si le groupe était bon, la formation serait bonne, je comprend pourquoi. Les échanges avec le groupe font presque
50% de la formation. J'ai découvert plein de choses et pris plein d'idées dans les expériences de chacun.
J'ai senti que je pouvais m'appuyer sur le groupe dans les moments de doute, ou certains moment un peu difficiles. J'y ai trouvé l'attention et le soutien nécessaire pour avoir la force de me dépasser parfois, ou simplement continuer. Même si le groupe à changé au cours de la formation, cet espace d'échanges et d'écoute est resté le même.

La dernière semaine à toutefois été particulière. Comme si nous redoutions le moment de la séparation, comme si pour qu'elle soit moins douloureuse il fallait régler nos comptes avant. J'ai été assez mal à l'aise plusieurs fois lors de certains clashs où il y a eu comme l’émergence d'un bouc
émissaire. Nous en avions parlé lors du module psychologie, mais il n'y en avait jamais eu dans notre groupe. Cette dernière semaine un peu étrange nous a démontrée que nous étions normaux finalement, et que même si nous avions l'impression d'être sur un nuage, d'être « un super groupe ! », nous étions tout simplement humains, avec nos propres émotions, nos agacements, nos incompréhensions et nos frustrations.
L'avant dernier jour avec Anne Bauer nous a permis de nous « réconcilier », après un dernier clash, qu'elle a d'ailleurs très bien maîtrisé, tout en nous aidant à le régler. Elle est restée très à l'écoute de tout ceux qui ont pris la parole, et a su accueillir les réflexions faites avec bonté et ouverture.
Les exercices qu'elle nous a proposé ont étonnamment bien pris, après cette semaine un peu tendue. Aller à la rencontre de l'autre, partager, dialoguer, écouter, découvrir en musique. Elle même était
étonnée de l'alchimie qui s'est mise en place très rapidement entre nous tous. Un bœuf à quatorze, c'est quand même pas courant ! Nous avons à nouveau entendu des rires, la connivence et le partage
étaient là. Une certaine transe aussi, Anne a eu un peu de mal à nous arrêter !

Là encore, sans cours magistral, j'ai pris pleinement conscience du pouvoir de la musique. Au delà des mots et des maux, elle nous a permis à tous de s'accorder, s'écouter, se comprendre. J'ai vécu un partage d'émotions incroyable à ce moment là. Nous aurions pu parler pendant des heures pour essayer de régler nos problèmes, pour tenter de faire entendre chacun notre point de vue, sans succès j'en suis sûre. Et là, en une après midi, nous nous sommes tous connectés de manière très forte, nous avons établis et rétablis des liens.
Il est évident que ces liens ne seront pas forcément pour la vie, mais qu'importe, cette expérience nous a tous apporté quelque chose de fort.

J'ai aussi pu agrandir ma discographie, découvrir plein de musiques, de styles et de façons de les

écouter. Les journées avec Vincent Bodu où l'ont a eu à amener notre musique préférée et notre musique détestée ont été des bons moments de partage et de découverte, de même que les journées avec Dominique Laudet sur les montages de séances, et avec Sylvie sur les montages de relaxation. J'ai appris à écouter la musique avec une oreille différente, hors d'un mode binaire « j'aime/j'aime pas », mais plutôt en me demandant ce qu'elle pourrait induire ou provoquer chez l'autre. J'ai ainsi redécouvert certaines musiques que je n'aimais pas, et que je trouve fortes intéressantes maintenant.

Je me suis donc constitué une sorte de « répertoire de théories de bases ». Comment se servir du test de réceptivité, comment faire un montage de relaxation, le cadre thérapeutique... Mais cela ne fait pas de moi une thérapeute, loin de là. Cela ne constitue même pas une formation en soi.

Pour moi la véritable formation se situe dans toutes les autres journées, tous ces moments importants où nous sommes allés à la rencontre de nous même, lorsque par exemple nous cherchons le mouvement authentique avec Christine, lorsque nous laissons venir NOTRE voix avec Emmanuelle, lorsque nous nous racontons aux autres avec Dominique sur des sujets personnels tels que la famille, l'argent, la mort... Lorsque nous nous mettons à nu et lâchons prise, que nous prenons des risques ou non...
Et elle commence surtout maintenant, maintenant que nous avons certaines clés, maintenant que
nous pouvons ouvrir certaines portes. A nous de choisir lesquelles, et quand les ouvrir.

Je suis arrivée à cette formation avec un tas d'idées sur ma future vie professionnelle, j'en ressors avec un tas d'autres, et encore plus de questions. Je n'ai pas perdu mon envie de travailler avec les enfants sourds, les autistes, les personnes âgées, mais je dois d'abord me poser, laisser infuser. Assimiler et digérer, non pas ce que j'ai appris, mais ce que j'ai vécu, ce que toutes ces semaines ont remués en moi.

J'ai du mal à mettre des mots maintenant sur ce que je ressens après ces sept semaines, mais je suis sûre en tout cas d'avoir entamé un énorme travail sur moi même.
Il me semble que je doive d'abord me réconcilier avec moi même, me trouver, m'accepter pleinement avant d'aller à la rencontre de l'autre, surtout dans le cadre d'une thérapie. Je ne vois pas comment accompagner quelqu'un si je me laisse au bord du chemin. Il me paraît extrêmement important de faire ce travail personnel, et pour moi cette formation au CIM est essentiellement axée sur ce point : nous permettre de nous trouver, de nous regarder et nous accepter, afin d'humblement et simplement accueillir l'autre. Se sentir plein et à l'aise dans son regard, lui renvoyer une image solide sur laquelle s'appuyer, sans se laisser happer.

Ce travail personnel et profond que le CIM a amorcé en moi sera le travail de toute une vie. C'est cela être thérapeute, selon moi. On ne peut aider personne sans se remettre en question régulièrement. Cela veut dire vivre dans l'ici et maintenant, dans le « je ». Accepter, accueillir... Devenir une sorte de sage ? Nous ne sommes pas des superman, comme le dit très justement Dominique Bertrand, nous ne pouvons « guérir » personne, mais nous devons une certaine solidité à l'autre, et surtout de l'authenticité. Je préfère d'ailleurs le terme de « guide », plutôt que celui de thérapeute. Être celui qui accompagne et non celui qui guérit. Celui qui guide la personne vers son chemin pour se retrouver, ou même parfois simplement se trouver, la ramener dans son corps et son histoire, dans son présent.
Je dois d'abord le faire pour moi même, l'expérimenter, comme nous l'avons fait pour plein de choses au CIM, et ensuite seulement, je pourrais le faire pour l'autre. Cette formation m'a appris cela : ce que je vis moi, c'est finalement ce que peuvent vivre les autres, au delà des étiquettes telles qu'autistes, Alzheimer, psychotiques, handicapés...
Les connaissances théoriques sont certes nécessaires, mais c'est loin d'être l'essentiel. Sans humilité, il n'y a pas d'aide thérapeutique possible.

« Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils pourraient être et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être. » Goethe.

  
 
     
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