Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
 

 
Marie Dépt 75 - Groupe 67

Compte rendu de la formation de base :
Voici venu le temps de coucher sur le papier toutes mes réflexions et ressentis concernant les dix semaines de formation de base de Musicothérapie.
J’aimerai parler des moments forts, des questionnements, des révélations! et des nouvelles questions qui apparaissent aujourd’hui, au bout de cette année et demie de formation.
Vierge de toute formation dans le domaine du soin, j’ai continué à exercer mon métier de violoniste pendant ce temps. Pourtant, même si je n’ai pas encore d’expérience dans le domaine médical /thérapeutique (bientôt le stage!), j’ai pu vivre un bouleversement dans ma manière de vivre la musique.
En poussant la métaphore, je suis passée de chirurgien à médecin généraliste de campagne, en terme de relation à l’autre. Une complète repolarisation: mettre l’humain au centre, non plus la technique.
L’exemple le plus limpide durant la formation a été ce tout petit exercice proposé par Sylvie Braun: par deux, on doit s’envoyer une balle de tennis en s’assurant qu’elle effectue un rebond entre les 2 personnes; et moi, toute à ma concentration pour effectuer un lancé maitrisé, concentré sur la trajectoire, la force à déployer, sans un regard ni une parole pour ma partenaire de jeu; j’ai pu constater après un rapide tour de groupe que tout le monde a parlé de communication avec l’autre, de plaisir, de sourire, de mouvement!...
20 ans de pratique instrumentale basé sur l'acquisition d'une technique et sur l'analyse musicale ne se défont pas en quelques mois, pourtant j'ai pu constater à quel point j'étais éloignée des bases d'une relation d'aide et de soin: c'est à dire un savoir être plutôt qu'un savoir faire, dénué de tout jugement.
Effectivement , Dominique Bertrand nous l'avait rappelé, tout comme Jacques Attali dans “Bruits”, la musique n'est pas “ bonne” intrinsèquement, et comme toute chose elle peut être utilisée pour faire du mal; j'avais d'ailleurs choisi pendant mes études au CNSM un exposé sur l'utilisation de la musique sous le IIIe Reich, en particulier dans les camps de concentration nazis.
En arrivant dans cette formation, j'avais plutôt l'impression de m'être malmenée par la musique, de concours en auditions, coincé comme l'a dit Christine Mulard entre “le désir d'y arriver et la peur d'échouer” de par l'approche très perfectionniste et technique que j'ai reçu. Et puis, petit à petit, par résonance, l'envie de se faire plaisir en jouant est timidement revenue, et avec elle la force d'aller vers mes envies artistiques.
Au travers de ma propre thérapie dite émotionnelle (développée par Etienne Jalenque) qui utilise la mantrathérapie, j'ai pu voir que les voies d'accès à l'humain- donc les thérapies- sont multiples et uniques, tout comme l'est chaque être humain, la musique étant un chemin privilégié au coeur de l'homme.
Plus que jamais je suis convaincue de l'immensité du potentiel thérapeutique de la musique, qui contourne le verbe et plonge dans notre cerveau émotionnel.
J'ai découvert l'importance de la première rencontre avec l'autre, afin de pouvoir installer une relation de confiance: la notion de bienveillance, congruence et de considération positive inconditionnelle, sont pour moi des outils quotidiens!
J'ai été fascinée et très touchée par l'étude de l'autisme, et l'utilisation de la musicothérapie active, induisant le toucher de l'instrument, le son et bien sur la communication grâce au tiers musical. Puisque la musique n'est que mouvement (temps et rythme), et qu'elle est partout, dans les pas du patient, de la mélodie de ses mots et de son corps, des écholalies d'une personne souffrant d'autisme, il est possible de rentrer dans le mouvement de l'autre en musique.
J'ai pu comprendre que l'on trouve un aspect de répétition dans beaucoup de type de souffrance et cette circularité nous donne une voie d'accès (rythmique, périodique) à l'autre.
Grâce à cette formation et les lectures qui en découlent, j'ai pu enfin tisser des liens, et mettre en mots des connaissances et des ressentis qui me semblaient paradoxaux: entre la neurologie (Olivier Sacks) la psychiatrie (David Servan Schreiber), les mathématiques et la physique (la gamme de pythagore) la philosophie orientale et mes ressentis et intuitions; par exemple concernant la musicothérapie réceptive, que j'expérimentais sur moi sans le savoir.
Je me suis sentie très créative et inspirée, concernant les montages audios, je me suis rendue compte que je pouvais classer émotionnellement parlant une musique, et mettre une couleur dessus; j'ai eu comme l'impression d'avoir une pharmacopée naturelle à disposition! L'idée d'un soin musical, de massage sonore me parle beaucoup: à chaque patient un montage audio, et chaque ingrédient à doser ...
En musique j'ai eu l'occasion de travailler sur les sons purs, stables, les harmoniques, la justesse harmonique ou mélodique, le tempérament: le concept de syntonie décrit par Dominique Bertrand, ainsi que les neurones miroirs expliqués par Eugénia Duta, m'a éclairé sur la notion de résonance et son utilisation thérapeutique.
J'ai aimé la définition de la musique en tant que pré-verbal; tout se dit et se sent en musique et, grâce au mouvement initié, les maux franchissent la dernière couche avant la lumière et arrivent enfin à la porte des mots; un peu comme notre cerveau et ses 3 couches successives (reptilien, émotionnel et cognitif).
Un des grands apports de cette formation a été pour moi l'utilisation de la voix et de l'effet du son brut, grâce à ces formidables cordes vocales que nous possédons tous. La kinésiophonie et les exercices de maïeuphonie proposés par Emmanuelle Parrenin ont été une expérience très très riche; La voix est un outil très puissant de connexion avec soi même, d'une formidable simplicité et j'ai depuis repris la chanson que j'avais arrêté pour travailler mon violon!
Comme nous l’a dit Dominique Bertrand, une des questions fondamentales concernant ce métier est: Pourquoi suis-je thérapeute?
Je ne sais pas à ce jour si j'ai l'envie de cette position de thérapeute, au cours de cette formation mes idées ont beaucoup évolué: au jour d'aujourd'hui, je sens que je dois d'abord vivre ma première passion, la musique, en prenant enfin du plaisir et en acceptant mon humanité. Mais qui sait? Comme le dit si bien Christine Mulard, une bonne dynamique de vie, c'est un abandon au mouvement de la vie, et je ne sais pas où cela va m'emmener !
Si je devais résumer en un mot le ressenti de cette formation je dirais: “LIBERTE!!!!!!!!!!!!!!!!!!”
Et le mot de la fin pour la qualité de ce groupe 67, que j'ai trouvé contenant, aimant, humain et doux. Un vrai cocon où j'ai pu me déployer sans crainte du jugement.
Merci à tous les intervenants d'avoir partagé avec nous leur expérience de vie! Marie

  
 
     
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