Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
Bruno Dépt. 91 - Groupe 66
 
Pourquoi la musicothérapie ?

Avant de rentrer au CIM j'avais des raisons claires pour découvrir et apprendre le métier de musicothérapeute. Après avoir suivi 10 semaines de formation, 7 semaines de Techniques Psychomusicales et 3 semaines de Psychologie, j'ai la nette impression d'avoir avancé sur un chemin qui est loin d'être celui que j'imaginais au départ. La formation et la qualité des intervenants m'ont surpris agréablement. La dynamique de groupe aussi.

Evidemment les raisons pour lesquelles j'ai postulé afin de suivre cette formation étaient claires : aider les gens en difficulté à travers la musique ! Mais quelles difficultés ? Et avec quelles formes musicales ?

Au fur et à mesure que la formation a avancé, quelque chose a changé en moi et un flou s'est installé : qu'est ce que je vais bien pouvoir faire de toutes ces informations ? Langage verbal et non verbal, relation d'aide, relaxation, musique réceptive et musique émettrice, création, écoute, sophrologie, etc. Tout se mélangeait dans ma tête comme dans un chaos initial. En effet, le chemin à faire est « énorme ». Mais il faut persévérer et tout se relie, tout prend un sens.

Des rencontres avec les intervenants, des expériences, de l'anthropologie, de la philosophie, de la physique, de l'Histoire, des histoires, du rythme, des chants, du souffle, du corps, de la présence, de l'inter ethnique et les autres ! Ah les autres ! Ceux que l'on appelle les stagiaires, et sans qui le groupe ne serait pas. Pas de groupe, pas de dynamique. Dynamique qui donne confiance et permet d'échanger, de partager, et aussi à travers l'écoute, une écoute de soi même et donc un véritable travail sur soi. Travail sur soi en profondeur, subtile et nécessaire.

On travaille sur le « jeu» et c'est le « je » qui répond, qui bouge qui se modifie pour s'adapter à la nouvelle donne : pourquoi être  musicothérapeute au XXIe siècle ? Dans la société ? Comment je suis perçu dans l'environnement professionnel ? Des questions, encore des questions. La formation apporte des réponses, des bouts de réponses, mais le chemin en est à peine à son commencement.
Parfois j'ai l'impression de rouler mon rocher comme Sisyphe, car sitôt que j'atteins des sommets de certitudes après avoir gravi la côte, c'est la pente qui se dévoile, inéluctable et nécessaire. Patatras, je dégringole ! En musicothérapie, comme dans d'autres domaines il faut savoir se remettre en question en permanence. Se remettre en question et aussi lâcher le rocher, se poser sur le bord du chemin et analyser ce qui se passe, être soi, témoin du jeu tout simplement. Après tout, je ne suis pas toujours obligé de pousser le rocher, car nul n'impose le jeu au « je »...

N'étant pas issu du milieu de la Santé mais plutôt du domaine éducatif j'ai du me poser des questions sur le lien entre le patient et moi-même. J'ai appris au CIM à m'interroger sur des hypothèses.

Par exemple comment travailler sur le questionnement avec Christine Mulard : « Avez-vous une idée du pourquoi cela vous arrive ? » Laisser le patient chercher et émettre son ou ses hypothèses, car c'est plus salutaire et cela évite les interprétations toujours hasardeuses. C'est à l'autre de faire, pas à moi, mais je le pousse un peu car tout seul, il ne peut pas. Le moi est une construction qui peut se défaire et se refaire.

Je commence à comprendre pourquoi je me pose tant de questions depuis le début de la formation : une façon comme une autre d'aller à la rencontre de soi, du moi de l'autre...et de la vie !

Cette formation au CIM est une véritable ouverture sur les autres et aussi sur soi. Or on vit dans une société qui nous oblige à se fermer et à mettre en place des défenses, comme des reflexes de survie. On garde parfois les mêmes défenses depuis enfant, or il faut les faire évoluer. Conserver les mêmes défenses toute sa vie n'est pas nécessaire.  « L'homme est né libre et partout il est dans les fers », dit Jean Jacques Rousseau, mais qui met les fers ? Se détacher est nécessaire. L'homme est à l'image de la Nature, changeant et imprévisible. On peut faire autre chose que ce que les gens veulent bien faire de nous ou bien voir en nous.

A travers cette formation au CIM, on analyse le regard que la société projette sur les gens. On rejette beaucoup plus facilement qu'on accepte. On a peur de se confronter au handicap et à la mort, deux choses que la société refoule et aussi 2 domaines dont la représentation est compliquée, tant qu'on n'y est pas confronté. On commence à travers l'approche musicale du CIM par plonger en soi pour savoir qui on est.

La musique est aussi le lien et le média que l'on envisage d'une autre façon...au CIM. La musique apporte de nombreuses interactions dans le groupe, des silences, des inductions, des interprétations hasardeuses, des joies, des peines, des éclats de rire, des effondrements salutaires car les enseignants ont la capacité d'écoute juste de la situation et d'intervention appropriée. J'ai beaucoup apprécié la douceur et l'écoute subtile de Sylvie Braun durant les moments forts comme les écoutes de musique autobiographiques ou les constellations familiales. Le stagiaire est soutenu dans sa démarche de formation et c'est un sentiment très confortable de vivre ces expériences collectives au CIM. Des choses que l'on ne peut pas vivre dans un amphi de 100 ou 200 personnes à l'université par exemple…

Importance des présentations des stagiaires comme des intervenants.

Un autre point important de cette formation au CIM, c'est L'histoire des stagiaires, leur culture et l'interculturel. L'importance du lien et quels sont mes liens par rapport au groupe, par rapport à la musique, par rapport à la thérapie ? Quel est le sens de tout cela ? Décoder ce qui se passe. Telle est la tâche de Dominique Bertrand qui joue sur la dynamique de groupe avec un côté pile marqué par le guru ou le chaman menaçant et aussi un côté face rassurant avec son côté paternel, son humour, et une connaissance universitaire et de terrain impressionnante et bien utile pour de futurs musicothérapeutes. Avec Dominique on a l'impression que l'on peut parler de Tout…et ce n'est pas Rien !

Le groupe c'est aussi l'apaisement et les regards différents et complémentaires des stagiaires. On va dans les choses profondes, donc on se met à nu et on accepte de le faire pour travailler sur nous mêmes. Parler de ses racines et de son enfance, de sa famille, des soucis, des maladies, etc. Le groupe est donc important grâce à ces échanges, ces enrichissements, ces complémentarités. 15 histoires de stagiaires et 15 parcours de vie. Se présenter, se représenter, qui suis-je ? Pas facile de répondre. Qui je suis…? Quelles sont les résonnances de la sphère familiale ? Je n'ai pas choisi, c'est la vie qui choisi pour moi et c'est plus confortable d'avancer comme cela car on augmente la confiance dans la vie, dans les autres. Et puis le groupe c'est aussi un bon miroir pour le narcissisme…

On a fait aussi des dizaines d'heures d'écoutes musicales collectives et cela change beaucoup de chose notamment pour faire évoluer la perception de l'autre, donc de soi. Après les écoutes de Vincent Bodu ou de Dominique, Laudet, on ne peut plus écouter une musique comme avant... Personnellement j'ai appris au CIM à sortir du diptyque « j'aime ou j'aime pas telle ou telle musique » pour passer à une écoute plus profonde et plus subtile des œuvres. Comme pour une personne, comme pour un patient, la notion de beauté donc de laideur peuvent être présents, mais on a appris à aller au delà des apparences. Je dis bien « on », c'est à dire avec l'aide du groupe. Car individuellement, c'est un exercice sans doute plus difficile à réaliser. Le côté technique de la musique est là, mais aussi son aspect émotionnel. La musique à la faculté, à partir du moment présent, de réveiller des choses insoupçonnables sur le passé du patient comme de soi même. Grâce à la musique, on ouvre des portes dans la compréhension subtile des choses. Et une œuvre peut nous atteindre là où on ne l'attend pas. Précisément là où la beauté s'associe avec une mise à nue salvatrice, libératrice… Immense pouvoir que celui de la musique.

Qu'a apporté la musique dans ma vie ? Quel est mon cheminement par rapport à la musique, et le lien avec la thérapie dans tous ça ? Vers la fin de la formation, des pièces de ce gigantesque puzzle commencent à se mettre en place et on se plait à rêver d'une formation à plein temps sur 2 ou 3 ans pour prendre davantage le temps de se connaitre. Peut-être aussi pour travailler le côté «analyse de cas cliniques » qui pourrait donner une assise à ce métier hors norme et hors profil. Le besoin reste là comme inassouvi d'explorer plus profondément les facettes d'un métier qui reste largement ignoré du grand public, mais aussi des institutions de santé qui ne prévoient pas grand chose pour le musicothérapeute. A suivre donc …

la fonction de musicothérapeute se dessine progressivement.

Sacha Guitry : « il y a un docteur pour soigner les dents, un pour soigner le cœur et qui pour soigner le malade ? »

J'avoue qu'il est bien difficile de percevoir et de définir un métier qui est en perpétuel devenir. On ne peut pas être partout mais on peut faire beaucoup de choses. Donc il faut aussi faire des choix : nourrissons, jeunes, ados, adultes, personnes âgées, handicaps, psychopathologies, etc.

Une qualité importante du métier de musicothérapeute et présente chez presque tous les intervenants du CIM, c'est l'importance de l'écoute. Au quotidien, on pense trop, on parle trop. L'écoute demande une qualité de silence intérieur en étant pleinement présent : Une vraie écoute permet à l'autre de s'entendre…On pourrait en faire un sujet de mémoire, mais il faudrait surement commencer par apprendre à se taire ! Non seulement taire ses propres bruits intérieurs, mais éteindre aussi ses interprétations qui se bousculent pour vouloir à tout prix analyser la situation et apporter des solutions… Nous avons mis en pratique des exercices pour laisser le corps exprimer ce qu'il sent, pas le mental, le corps, rien que le corps. Apprendre à faire confiance à sa perception corporelle et sensorielle. Et laisser partir et circuler les mouvements du corps librement, sans objectif à atteindre. Trouver ce qui est juste pour soi, maintenant. La présence à soi, dans le moment présent est profondément thérapeutique car elle permet de sentir l'autre autrement que par le biais mental.

Un autre qualité du musicothérapeute, c'est sa perception subtile du corps. Avec Chantal Lheureux on a pu affiner le travail sur l'image du corps avec les autistes. Ce sentiment d'exister de l'intérieur, est corporellement plus ou moins construit selon les personnes et peut s'exprimer sous forme de démantèlement corporel ou de clivage. Ainsi, la perception de chaque partie du corps est une bonne base de travail thérapeutique. Concrètement, nous comprenons comment la musique et le corps sonore sont un travail important pour les personnes morcellées. Petits enfants, polyhandicapés ou autres déficiences demandent un travail corporel et sensoriel subtile, long et régulier. Anne Bauer a partagé avec nous son expérience en nous montrant comment avec la musique on pouvait, patiemment, retrouver des connexions et une conscience de son corps.

Le travail du musicothérapeute comprend aussi l'analyse du non verbal et du langage corporel. C'est Eugenia Duta qui nous a bien mis le doigt sur cette perception subtile. Donner et recevoir, émettre et recevoir. Accompagner différents types de personnes. La relation d'aide commence au moment où on rentre dans la chambre, comment on se déplace, comment on rentre en relation et comment on met du lien dans la façon d'être. Pas un mot n'est encore prononcé et tant de choses se sont passés. On commence à approcher la sensibilité du métier de musicothérapeute. Tout est en subtilité et le non dit est aussi important, si ce n'est plus, que le langage verbal.

Quelle est la place du corps dans l'écoute ? Quelle est la qualité de présence corporelle du thérapeute ? Présence du corps, de l'esprit et de la respiration. Il n'est pas souhaitable de dissocier le corps et l'esprit d'où l'importance d'être authentique dans la relation. Sinon on peut aboutir à un message qui peut biaiser la relation. Il faut être installé en soi même, ancré, bien dans une belle ouverture à l'autre. Sentir son corps, tous ses membres, sa respiration.

Il faut apprivoiser le silence et ne pas en avoir peur en présence de la personne. On peut aussi fermer les yeux, expliquer que c'est pour mieux ressentir ou pour trouver le bon mot. Il vaut mieux un silence plein qu'une parole maladroite…

Finalement tout au long de la formation au CIM, on écoute et on s'écoute différemment. Comment la musique aide ? Comment la thérapie aide ? On a tous un héritage musical, dont on se sert consciemment ou inconsciemment pour accompagner ou traverser les périodes de deuils, fêtes, séparations, naissances, joies, douleurs, etc.

Etre thérapeute : c'est quoi ? C'est aussi savoir poser le cadre… thérapeutique ! En tant que thérapeute on existe en tant que personne physique mais aussi en tant que« psychisme »… C'est donc le cadre qui va poser l'élément thérapeutique. Merci Isabelle Caillaud ! La thérapie c'est un cadre et le cadre c'est le musicothérapeute qui le pose.
Le cadre doit être fixe et inscrit dans le temps et la répétition pour que l'inconscient apprivoise ce temps.

Il y a le cadre et puis aussi la relation, le lien établi entre le thérapeute et le patient. Cette relation doit être la plus juste possible. C'est une notion difficile à appréhender. Il faut de la pratique pour sentir « justement ».
S'il n'y a pas une relation juste avec le patient, la thérapeutique sera peu ou pas efficace. Bien que l'on dispose de pas mal d'outils en tant que musicothérapeute, on apprend au CIM à ne pas se focaliser sur la « trousse à outils ».

J'ai finalement rencontré beaucoup d'intervenants riches et des échanges avec les stagiaires, des amis désormais ou des compagnons de route. J'ai aussi pris conscience qu'au delà de la richesse et de la complexité de l'apprentissage du métier de musicothérapeute, il faut rester ouvert et ne fermer aucune porte ni sur la passé de la personne, ni sur son futur. Etre tout simplement dans le présent. Musicothérapeute, tout un chemin de vie finalement.

  
 
     
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