Centre International de Musicothérapie    
 
 
Compte-rendu de stagiaire sur la formation  
   
Emanuelle - Groupe 63

Compte rendu formation musicothérapie

Sortie fraichement du baccalauréat ou la littérature me portait loin, dans d’autres mondes, dans l’étude des Hommes et de leurs évolutions, j’avais pour projet de faire mon métier dans l’univers magique de la musique. La faculté manquant cruellement d’humanité, je décidais de me lancer dans l’étude de la psychologie. Cela ne m’a permis que de savoir que je désirais mêler dans mon métier la musique, et la science de l’être.

Je commençais donc mes recherches dans ce sens ? Et mes pas se sont arrêtés à la porte du CIM. Je passais alors l’entretien avec Sylvie, par un après midi ensoleillé.

Trop habituée à devoir « me vendre » à un jury, je rentre « la boule au ventre » manquant d’assurance étant donné mon jeune âge (j’avais 19 ans à l’époque). Dans le petit bureau accueillant de ma future directrice, beaucoup de choses se jouèrent. Changement d’atmosphère, je découvre une chaleur humaine, une écoute et un regard bienveillant au sein de cette petite pièce lumineuse. Il n’est plus alors question de compétences mises bout à bout mais d’un savoir être pour aborder ce chemin nouveau. Je me sens alors bien, et naturelle. A la fin de l’entrevue, Sylvie me pose la question excitante et mystérieuse « Es tu prête pour l’aventure ? »
Je l’étais mais sans me douter de la richesse qu’il allait m’être donné à découvrir.
Quel joli mot que celui « d’aventure » ! Et tellement proche de ce qui nous attendait ! Des semaines éparses de partage, de découvertes et de chamboulements !

Quelques mois plus tard donc commence la formation de base ? Découverte de nouveaux visages, un peu soucieux eux aussi pour ce premier jour mais des mots timides parviennent tout de même à éclore au milieu de la petite pièce conviviale réservée au café et plus tard aux bonjour sincères. Début du lien qui se tisse. Début de tout.

Le travail de groupe, pour le prendre dans son ensemble, et non jour après jour est étonnant, imprévisible et d’une incroyable richesse. Il est chaque semaine un nouvel éclairage sur les différentes perspectives qui peuvent naître de ce métier de musicothérapeute. Nous sommes curieux les uns des autres et forts, les uns des autres. Je vois une nouvelle porte s’ouvrir alors, à chacun de lui donner sa propre couleur. Nous évoluons à notre rythme et au rythme contenant mais aussi déstabilisant du programme et des différentes expériences qui nous sont proposés.
Nous abordons mille et uns sujets, nous parcourons l’existence, de la pré-natalité à la fin de vie, et chacun de nous découvre ou redécouvre celui qu’il connait le moins : lui-même.

Mon cheminement s’est fait lentement mais il fallait sans doute ce temps pour que la maturation me soit instructive. Je fais face à mes peurs, à mes doutes, en me rendant compte qu’ils font partie de mon être et de mon « savoir être ».
Au départ, tous les sujets m’intéressent avec la même intensité, je suis exaltée par ces expériences que les formateurs nous livrent avec toute leur authenticité et qui nous font grandir pas à pas. Puis, je précise mon intérêt, sans pour autant rejeter ce qui nous est proposé. Le but pour moi au cours de cette formation étant d’accueillir tout ce que l’on allait me donner, puisque cela ne pouvait que m’être bénéfique, me faire réfléchir sur des thématiques encore inconnues, tout en précisant au fur et à mesure des semaines mes attirances pour telle ou telle façon de pratiquer. La musicothérapie réceptive est pour moi une révélation grâce au récit de Vincent Bodu entre autres.

J’ouvre alors grands mes yeux et mon cœur, puisqu’il est là question de ressentir ce que chaque intervenant nous propose. Et je suis très souvent touchée profondément par ce qu’il nous est décrit, ou par les pistes de questionnement qui nous sont suggérées.( je pense ici notamment aux petit sous groupes de paroles créés par Dominique Bertrand)

Cependant les connaissances théoriques du module de psychologie sont les bienvenues et me font le plus grand bien, prodiguant une assise, des bases qui permettent d’élargir par la suite les champs d’action. La « cohabitation » avec un autre groupe me montre à quel point nous sommes dans la fusion, et à quel point les problématiques d’un groupe sont complexes. Quelques temps plus tard, je me rends compte qu’une fois ce cap passé, nous rentrons dans la phase de travail. Et c’est de loin la plus enrichissante pour moi.
Je vois peu à peu à travers mes amis du groupe 63 comme des êtres riches, non seulement de par la sympathie qui nous lie, mais par leurs vies, leurs histoires, souvent touchantes et délicatement révélées. Cette prise de conscience est aussi le point de départ d’une ouverture de ma part à tous ces petits détails qui font de chaque être humain une chance pour ceux qui le rencontre, je pense notamment à toute la communication non verbale, que j’avais jusque là bien trop négligée. Et qu’Eugénia Duta su nous faire apprivoiser à nouveau.
Apparait alors un aspect fondamental dans la relation à l’Autre, qui est celui du Lien. Il ne s’agit pas d’apprendre des attitudes à adopter mais plutôt d’exprimer toute notre humanité afin de laisser la place pour que l’Autre veuille bien nous accorder sa confiance et nous livrer ses trésors, son histoire.

Ce qui fait en partie la qualité de cette formation est la tolérance qui y est diffusé et le postulat qui consiste à penser que chacun PEUT et que ce sont les différences qui nous enrichi
Nous sommes à la place de thérapeute mais nous ne sommes là qu’avec nous même, nos doutes, nos connaissances mais aussi notre vécu. Face au patient, il n’existe pas de plus fort ni de détenteur de la vérité, mais plutôt de deux êtres singuliers qui tentent de co-construire ensemble.
L’idée de départ est également que nous ne pouvons accompagner l’Autre si l’on ne s’apprend pas soi même. Les notions d’ancrage m’ont beaucoup aidé à comprendre que le juste milieu entre froideur et mélange des rôles est très complexe. L’intervention de Christine Mulard lorsqu’elle a développé l’idée que nous sommes un rideau qui se laisse traverser par l’émotion mais qui reste ancré au sol a été une aidé précieuse.

En réalité, en fin de parcours, il est impressionnant de voir le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui, l’évolution de chacun pour parvenir à une prise de conscience, une ébauche du futur métier de musicothérapeute. Personne dans le groupe n’avait rejoint la formation par hasard : elle était l’aboutissement d’une réflexion profonde et d’un cheminement propre à chacun.
Il reste cependant une certaine frustration à la fin de cette formation, mais qu’il est normal de ressentir : j’aurais aimé approfondir certains thèmes, aller plus loin dans les réflexions, voir encore d’autres perspectives mais il s’avère que cette aventure est bel et bien un point de départ, pour aller vers notre propre pratique, qui sera assurément différente pour chaque membre du groupe et chaque stagiaire qui a été formé au CIM. Les formateurs nous apportent leurs expériences, ce qui permet de balayer un large éventail des publics qui peuvent connaitre les bienfaits de la musicothérapie, et également les manières très diverses de la pratiquer, en s’adaptant toujours à l’Autre, et non l’inverse.

D’un point de vue professionnel, cette formation m’aura surtout appris à oser être moi-même et à croire en mes capacités qui sont les premières pierres de l’édifice. Etant très jeune et n’ayant pour l’instant en poche que quelques expériences professionnelles, je vois les choses différemment, une porte s’est ouverte, m’offrant à voir un nouveau paysage, aux mille couleurs, et aux espoirs souriants. Dans mon poste aujourd’hui de surveillante, je peux aborder des jeunes qui sont guère moins âges que moi, en me positionnant à leur niveau, en étant simplement à l’écoute de leur univers, de leurs idées. Outre l’aspect disciplinaire qui est tout de même nécessaire au sein d’un établissement scolaire, le lien existe bel et bien. Et c’est la vraie victoire ; avoir pu franchir des barrières que je m’étais créées et pourvoir avancer dans de nouvelles expériences, toujours riches de belles rencontres.

En application directe avec la formation, et ma spécialisation qui était « relaxation-sophrologie », on m’a fait part d’une demande lors de mes entretiens de sélection pour le poste de surveillant : créer un atelier entre midi et deux pour occuper les élèves. L’idée m’est venue de proposer un atelier relaxation qui consisterait à rendre ce moment de creux agréable, afin de reprendre l’après midi de cours en étant détendu et en s’étant recentrer sur soi, en ayant découvert une autre forme d’énergie. Je n’en ai pas encore les échos puisqu’il s’agit d’une mise en place très récente mais j’ai bon espoir lorsque je vois le sourire des élèves lorsqu’ils sortent de la salle, apaisés.

D’autre part, ayant encore besoin d’approfondir ce que toute cette aventure a pu m’apporter au cours de ces deux années, j’ai pour projet de suivre une formation pour être psychothérapeute, ce qui me permettra de découvrir encore d’autres manières de concevoir la relation d’Aide.

D’un point de vue personnel, cette formation a évidemment été surprenante. Tout d’abord, par sa configuration : un travail en petit groupe de 15 personnes, puis par l’environnement du CIM en lui-même et enfin bien sur par la qualité de l’enseignement qui y est dispensé.

Les semaines qui sont espacées m’ont perturbées, n’ayant pas comme les camarades un métier fixe à côté, mais je peux dire qu’aujourd’hui, c’était une vraie chance de pouvoir réfléchir et laisser « infuser » toutes les notions qui m’avaient ému, bousculé, intrigué.

  
 
     
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